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mercredi 28 juillet 2010

Résister

La France célèbre cette année les 70 ans de l’appel du 18 juin 1940. Par delà les querelles, difficultés et divergences de vues actuelles, que de chemin parcouru dans les relations entre Allemands et Français.
Je relisais récemment les « Mémoires d’un agent secret de la France libre » que le colonel Rémy publia en 1959 aux Editions France Empire. L’auteur raconte qu’en septembre 40, alors qu’il se trouvait en Espagne pour une de ses premières missions, un inconnu qui avait bien voulu lui servir d’interprète auprès d’un douanier de l’aérodrome de Madrid-Barajas, tint des propos bien pessimistes sur le sort de l’Angleterre. Il doutait de la capacité de ce pays à résister longtemps à la puissance de l’Allemagne nazi.
Le colonel Rémy, de son vrai nom Gilbert Renault, pour tenter de lui faire changer d’avis, lui dit ceci :
– Savez-vous que, voilà quinze jours, le chancelier Hitler a fait parvenir par une voie neutre un télégramme à M.Churchill, lui proposant de le rencontrer secrètement à Fontainebleau avec Mussolini afin d’en finir avec cette guerre ? M.Churchill arrive à Fontainebleau où l’attendent le Führer et le Duce. Le Führer lui fait les honneurs du Château. Après quoi il le conduit à une table magnifiquement dressée au bord du célèbre étang aux carpes : « Voilà ce que j’ai à vous dire, Churchill. Cette guerre ne peut durer. J’ai préparé un document, il vous suffit de le signer et l’Europe retrouvera immédiatement la paix. – Que dit ce document ? demande Churchill. – Simplement ceci : Vous reconnaissez que l’Angleterre a perdu la guerre. – Je suis désolé de ne pouvoir signer cela, dit Churchill, mais je ne suis pas d’accord avec cette déclaration. – C’est ridicule ! s’exclame le Führer en donnant un coup de poing sur la table. Rendez-vous donc à l’évidence ! M. Churchill secoue doucement la tête, avale une gorgée de son thé et propose : « En Angleterre, nous aimons régler les affaires par un pari. Voulez-vous que nous en fassions un ? Celui qui l’aura perdu reconnaîtra qu’il a aussi perdu la guerre. – Quel pari ? demande Hitler, méfiant. – Vous voyez ces grosses carpes qui nagent à fleur d’eau ? Parions que le premier qui s’emparera de l’une d’elles sans employer aucun des moyens habituellement utilisés pour la pêche aura gagné la guerre. – C’est tout ? Entendu ! Je commence ! » Hitler sort immédiatement son pistolet de l’étui de cuir qu’il porte à la ceinture et tire les six balles du chargeur sur la carpe la plus proche. Celle-ci continue à nager comme si de rien n’était. – A toi, Musso ! ordonne-t-il, dépité. On m’a dit que tu es un excellent nageur…A l’eau, tout de suite ! Mussolini obtempère immédiatement et, se débarrasse de son uniforme sous lequel, dit-on, il porte constamment un caleçon de bain, se jette dans l’étang. Il passe près d’une carpe, referme les bras sur elle, mais le poisson lui glisse entre les mains. Il essaie d’une autre sans plus de succès. Au bout d’un quart d’heure, épuisé, hors d’haleine, il revient sur la berge. « A vous, Churchill ! dit Hitler. Voyons ce que vous savez faire, puisque vous êtes si malin ! » Churchill prend sa cuiller à thé, la plonge dans l’étang, jette l’eau qu’elle contient par dessus son épaule. Puis il recommence, inlassablement. Bouche bée, le Führer le regarde faire. Après une bonne minute, impatienté, il demande ce que signifie ce manège. « Ce sera long, répond Churchill sans s’émouvoir. Mais je crois que nous allons gagner la guerre. »
Je reconnais que cette histoire est un peu « téléphonée ». Elle est du même tonneau que les aventures de la « 7ème compagnie », la célèbre série de Robert Lamoureux que la « Une » avait programmé ces jours-ci pour la énième fois. Il faut cependant tenir compte du fait que le colonel Rémy la raconte à cet inconnu en septembre 1940 pour exprimer sa confiance, le sens de son engagement. Oui, dit-il, l’Angleterre va gagner la guerre avec des petites cuillers à thé ! C’est ça la résistance. C’est vrai pour tous les combats, toutes les actions de résistance et, en cela, cette histoire a un sens.

jeudi 01 juillet 2010

Brésil-Pays-Bas, sur un air connu!

Il y a des matches que les amateurs de football ne peuvent oublier. Le 9 juillet 1994, déjà, l’équipe du Brésil trouvait sur son chemin l’équipe des Pays-Bas en quart de finale de la coupe du monde qui se déroulait cette année là, aux Etats-Unis.
Ce soir là, pendant que les joueurs pénétraient dans le Cotton Bowl de Dallas, j’entrais dans le magnifique théâtre antique d’Orange pour assister à la représentation de « Nabucco ». Discrètement, enfin, c’est ce que je croyais, j’écoutai le début du match sur un petit poste camouflé dans ma poche et raccordé à une oreillette.
Entraînés par Carlos Alberto Parreira, les Brésiliens étaient bien décidés à gagner. Ils retrouvaient une formation néerlandaise qu'ils n'avaient plus croisée depuis un match du deuxième tour de la Coupe du Monde 1974. Cette année là, Cruyff et ses coéquipiers l'avaient emporté et gagné leur billet pour la finale. Les Pays-Bas comptaient sur Dennis Bergkamp et Marc Overmars pour battre les Brésiliens.
Tout se passa bien pendant de longues minutes. Romario et Bebeto, les deux attaquants brésiliens donnèrent l’avantage à leur équipe. Je suivais attentivement les deux spectacles, quand un imbécile, il n’y a pas d’autre mot, situé à une dizaine de mètres de moi se mit à crier, dans le silence du théâtre antique : « Y’a combien ? ». Je baissai la tête, comme je savais si bien le faire à l’école, j’arrachai l’oreillette, je rougissais dans l’obscurité et je fis le choix obligé de me consacrer à « Nabucco » qui était un spectacle grandiose.
Que le lecteur n’imagine pas que je n’aime pas la musique. Je ne suis pas comme Jacques Chirac qui, dit-on, n’aime pas la musique mais aime bien le bruit que ça fait !
Vendredi, c’est dans mon salon que je regarderai la confrontation tant attendue entre ces deux excellentes équipes. En 1994, le Brésil s’était très difficilement débarrassé des Hollandais ( 3 à 2 ) à l’issue d’un match de très haut niveau disputé dans une ambiance inimaginable. En finale, le Brésil, opposé à l’Italie, s’imposa aux tirs au but.
Rentrée prématurément « à la maison », l'Italie, comme la France, ne participera pas à la fête le 11 juillet prochain.

lundi 28 juin 2010

Léon Bouzerand, le Doisneau de Cahors, est en librairie.

Comme Doisneau, - ils avaient le même âge-, Léon Bouzerand avait un style photographique qui alliait une compétence acquise à l'Ecole nationale de la Photographie de la rue de Vaugirard, avec un sens inné de l’observation des situations, des lumières et des rencontres qu’il faisait.
Les quelques photos ci-dessous, qui datent des années cinquante et soixante témoignent de la sensibilité avec laquelle Léon Bouzerand a immortalisé ces petites scènes de la vie quotidienne qui faisaient le bonheur de vivre à Cahors, la charmante petite préfecture du Lot.
C’est dans la rue, au marché, à la terrasse des cafés que Léon Bouzerand saisissait des instants, des attitudes, qui, si on les observe attentivement, racontent des histoires. Ces photos expriment un art de vivre aujourd’hui disparu. La vie avait alors un rythme que le Rolleiflex de Léon Bouzerand restitue admirablement et fidèlement. Il y avait chez ce grand photographe, une tendresse, un humour et souvent une taquinerie qui faisaient de cet homme – mon beau-père – un des hommes les plus aimés de la capitale du Quercy.
« L’association Vitesse limitée », 199 rue du Docteur Ségala à Cahors 46000, animée par Jean-Louis Marre et Jean-Louis Nespoulous, vient d’éditer un troisième ouvrage thématique dans lequel ils ont réuni et commenté un certain nombre de photos prises par Léon Bouzerand dans les années cinquante et soixante. L’ouvrage, intitulé : « En devanture 1950 - 1970 » est en librairie au prix de 27€.

dimanche 20 juin 2010

Mondial 2010 – La trahison des stars

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. » Ce texte de Platon a été écrit il y a 2 400 ans ! Il n’a pas pris une ride.
J’ai beaucoup milité pour les valeurs du sport. Dans ce blog, j’ai, à plusieurs reprises écrit sur les valeurs éducatives que sont : l’esprit d’équipe, le dépassement de soi, l’éthique. Ce sont des valeurs universelles que les éducateurs, les élites, les maîtres, ont le devoir d’enseigner et de faire respecter.
Depuis le début de ce mondial de football, une fête colorée pour la première fois en Afrique, je n’avais pas le cœur à consacrer un billet à ce que je voyais et à ce que j’entendais. Les premiers matches étaient lents, bloqués, tristes. Les meilleurs joueurs de la planète, après plus de cinquante matches joués dans l’année, sont apparus épuisés, surentraînés, incapables d’être à la hauteur de leur réputation. Terrorisées à l’idée de perdre, les meilleurs équipes refusent de prendre le moindre risque, ne pensent qu’à défendre, au lieu d’offrir des actions de folie que le public et les téléspectateurs du monde entier attendent depuis quatre ans. Cet événement sportif ne peut être une fête qu’à cette condition.
La France n’a pas les moyens d’avoir, tous les quatre ans, une des meilleures équipes du monde comme en handball ou en rugby. Quelle importance ? Est-ce vraiment d’un intérêt vital pour notre pays ? A l’évidence, non, à condition d’offrir le visage d’une équipe volontaire, pugnace, bien organisée et unie par un état d’esprit exemplaire.
Pour cacher la faiblesse de l’équipe de France, en manque de motivation et sans doute de talent, dirigeants, sélectionneur et joueurs ont fait semblant, ont construit des illusions, ont travesti la vérité, triché et en définitive trahi.
Quand les dirigeants d’une grande – et riche – fédération font preuve de tant de faiblesse.
Quand le sélectionneur, pressé de s’expliquer sur son système de jeu, répond invariablement, avec un sourire ironique : « Je m’en fous… ». Il ne faut pas être surpris qu’après un échec contre une équipe du Mexique, qui ne figure pas parmi les meilleures équipes du monde, des joueurs de l’équipe de France se laissent aller à des propos et des gestes inqualifiables.
Quand un journal spécialisé de grande diffusion trahit à ce point son éthique – et le secret du vestiaire – dans le but de faire de l’audience et de régler des comptes.
Quand des joueurs, boudeurs, arrogants, imbus de leur personne, mâchent du chewing gum pendant la Marseillaise.
Quand les bornes sont franchies, disait le président Georges Pompidou il n’y a plus de limites.
Quand les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs trahissent cette fonction au profit d’intérêts personnels.
Quand rien ne plus s’opposer à la montée aux extrêmes, à l’irréparable, alors il faut croire à ce qu’écrivait Platon : « c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

dimanche 06 juin 2010

La déflation, un risque réel

Dans la mémoire collective, il n’y a guère que les historiens et les experts en sciences économiques qui connaissent les caractéristiques de la déflation de Pierre Laval et de l’Allemand Von Papen dans les années 30. La déflation est souvent confondue à tort avec la désinflation. La déflation est une baisse générale et durable des prix, une baisse des salaires, qui se traduisent par un recul de l’activité et une récession économique.
Le 16 juillet 1935, le nouveau Président du Conseil Pierre Laval décréta une réduction générale de 10% de toutes les dépenses publiques et des principaux prix administrés. En baissant ainsi brutalement les salaires des fonctionnaires et les prix, Laval était convaincu qu’il allait relancer l’activité économique sans avoir à dévaluer la monnaie. En Allemagne, le chancelier Von Papen, succédant au chancelier Brüning, fit le même choix en décidant de pratiquer une déflation plutôt qu’une dévaluation. La suite et les conséquences de cette politique sont connues. Il est inutile de s’y attarder.
Y penser, avoir à l’esprit cette mécanique infernale qu’est la déflation, ne signifie évidemment pas que les mêmes politiques pourraient avoir les mêmes conséquences. Les temps ont changé, les circonstances ne sont pas comparables, tout rapprochement serait primaire, pour ne pas dire un peu pervers. Néanmoins, il y a dans le désordre économique qui caractérise le monde actuellement, des données préoccupantes. Les banques centrales ont injecté des liquidités en grande quantité à des taux tellement faibles que certains experts les qualifient de toxiques.
Fin 2007, pour remédier à un risque systémique avéré, tout le monde s’est félicité de la promptitude à mettre en œuvre des plans de relance. La riposte a été efficace, mais elle a eu pour effet d’ajouter de la dette à une dette déjà considérable dans certains pays, notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. En ce qui concerne l’Europe, il apparaît évident aujourd’hui que le traité de Maastricht était incomplet et comportait en germe des risques qui se réalisent sous nos yeux.
Croire aujourd’hui qu’il sera possible de revenir au taux de 3% prévu par le Pacte de stabilité et de croissance sans déflation, s’est s’illusionner. Il aurait fallu remonter les taux et réduire les liquidités, ce qui n’a pas été possible. Au contraire, les difficultés d’un petit pays, la Grèce, ont suffi à annihiler le peu de confiance que les autorités monétaires avaient eu tant de mal à restaurer. Le marché interbancaire donne à nouveau des signes de blocage et les banques recommencent à garder leurs liquidités.
Dans cette nouvelle montée aux extrêmes, des craquements sont apparus au sein du Conseil des gouverneurs des banques centrales de la zone euro. La décision, inimaginable il y a peu de temps, de racheter des dettes a été prise à la majorité dans le plus grand secret. Seulement voilà, ce qui était également inimaginable vient de se produire. Le gouverneur de la banque centrale allemande, annoncé comme probable successeur de Jean-Claude Trichet, a critiqué ouvertement et publiquement le consensus difficile qui avait permis que la décision soit prise. En rompant ainsi volontairement la confidentialité des délibérations du Conseil, il a pris le risque de contribuer à éroder un peu plus la confiance. Que cherchent les Allemands ? A sortir de la zone euro ? C’est difficilement imaginable. A contraindre ses partenaires à suivre une politique de déflation discutable ?
Les Américains, les Chinois, les Japonais, principaux pays exportateurs, sont inquiets. Les turbulences dans la zone euro sont susceptibles de nuire à leurs intérêts. Si l’euro tombait à un niveau trop bas, les conséquences pourraient être importantes sur leurs économies. Faut-il en déduire que cette crise pourrait être une chance pour les pays de la zone euro ? C’est aller un peu vite, mais il est certain qu’un euro à 1,10 modifierait significativement les termes de l’échange. En 1999, l’euro était entré sur le marché monétaire à 1,17, il était monté, au plus haut, à plus de 1,50 pour un dollar et il est aujourd’hui à 1,20. Si, dans le même temps, les membres de la zone euro parviennent à se mettre d’accord pour remédier aux insuffisances du traité de Maastricht en créant notamment un Fonds monétaire européen capable d’émettre des emprunts, la crise aura peut être été salutaire. La condition nécessaire, sinon suffisante, pour qu’il en soit ainsi, c’est que le couple Franco-allemand retrouve une dynamique et décide de sortir de la crise par le haut.
Les deux chefs d’Etat ont, une nouvelle fois, rendez-vous avec l’Histoire.