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vendredi 12 juin 2009

Le vendredi 14 juin 1940, les Français demandèrent l’armistice avec leurs pieds.

Tout a été dit et écrit sur ce qui s’est passé le vendredi 14 juin 1940, quand les premiers motocyclistes Allemands entrèrent dans Paris au petit matin. Les trois-quarts de la population parisienne, pris de panique, décidèrent de quitter la Capitale, comme le Gouvernement l’avait fait. Cet exode donna lieu à des scènes où se mêlaient de grandes angoisses, des drames et des épisodes qui, dans d’autres circonstances auraient pu paraître comiques. La France, surprise, était sens dessus dessous.
Dans toutes les familles existent des récits de ces tristes journées. J’ai retrouvé, dans les affaires de mon père, une lettre écrite par Alcide, son père, mon grand-père, à sa cousine Andrée, boulangère dans le onzième arrondissement.
« Nous sommes heureux de te savoir à Blancafort ; tu as été veinarde de trouver un camion ; par le train tu ne serais certainement pas arrivée jusqu’à Gien. Nous n’avons pas eu autant de chance. Le mercredi matin, nous apprenions que le camion qui devait livrer de la farine à un boulanger de Montrouge et nous emmener à Etampes, ne pouvait venir en raison de l’encombrement de la route. Notre dernier espoir venait de s’envoler. Que faire? Partir à pied, je n’en voyais pas la possibilité. Le train, très incertain mais c’était la seule chance qui nous restait, à condition de n’avoir que des bagages à mains. Nous décidâmes d’aller, par le premier métro, à la gare de Lyon, attendre notre tour de départ. Nous avons mis dans nos deux sacs de voyage et dans deux cartons ficelés et réunis par des courroies, ce qu’il était indispensable d’emporter. Ce n’était pas très encombrant mais assez lourd.
Le jeudi matin, en arrivant au métro, on nous annonce que la gare de Lyon est fermée; celles du PO l’étaient depuis la veille. Je décide de prendre le métro jusqu’à Massy-Palaiseau où l’on nous autorise, avec d’autres voyageurs et des soldats, à prendre un train de marchandises pour Juvisy. Nous quittons Massy à 8h, installés sur un wagon découvert entre deux hélices d’avion. Nous étions très mal à l’aise mais pleins d’espoir en pensant que nous n’en avions pas pour longtemps à faire les 14 kilomètres qui nous séparaient de Juvisy. Quelle déception! A 9h du soir, le train s’arrêtait à 5km de Juvisy pour ne repartir que le lendemain matin. La pluie s’étant mise à tomber, nous nous sommes installés, avec les autres voyageurs, sous la bâche que nous avons étendue. Nous étions très mal et nous avons eu frais ! Comme nourriture, un bon sandwich, un peu de café froid, des cerises et des fraises cueillies dans les champs, à chaque arrêt du train, par les soldats qui nous les offraient gentiment. Pour dîner, un peu de chocolat et une boule de son remise par les soldats.
Le vendredi 14 juin, départ du train à l’aube et arrêt définitif à 500 mètres de la gare de Juvisy. Nous nous y rendons à pied après un long moment d’attente. Nous trouvons un train de voyageurs qui part presque aussitôt. Quel soulagement! Nous nous croyons sauvés! Jusqu’à Angerville, notre train a marché normalement. A partir de cette gare, il a commencé à s’arrêter tous les 3 ou 400m. Nous mettons 4h pour arriver à Boisseaux, petit pays à 6kms d’Angerville où il s’arrête définitivement. Nous passons la nuit dans notre wagon ainsi que la journée du samedi 15. Dans l’après-midi, à deux reprises, nous sommes bombardés et mitraillés par des avions. Peu de dégâts mais trois personnes sont tuées et quelques autres blessées. Ta tante n’a pas eu peur, elle était pleine de courage. À onze heures du soir, on nous annonce que la voie est coupée et que nous n’avons plus qu’à partir par nos propres moyens, ce que nous faisons. Nous longeons la voie pendant deux heures. La pluie s’étant remise à tomber, nous montons dans un wagon de 2ème classe où nous nous reposons de 1h à 3h du matin.
Dimanche 16 juin, nous quittons notre wagon et nous nous dirigeons vers Toury, où nous arrivons vers 5h. Le pays est complètement évacué ; toutes les maisons sont ouvertes et plus ou moins pillées. Dans le fournil d’un boulanger, un monsieur découvre un pain de 4 livres et m’en donne la moitié. Quelle aubaine ! Nous continuons notre chemin en longeant la route nationale accompagnés de la femme d’un imprimeur de Colombes, madame Cary, qui restera avec nous jusqu’à notre retour. Il fait chaud et les bagages sont de plus en plus lourds. Le bord de la route est jonché d’objets de toutes sortes abandonnés par leurs propriétaires qui ne pouvaient plus les porter. Des autos, des camions, des chevaux, parfois en décomposition et des accidentés. A moitié chemin entre Toury et Artenay, nous traversons un hameau qui a reçu quelques grosses bombes ; les maisons sont démolies, des chevaux tués et trois personnes mortes sont allongées au bord de la route. Je fais tourner la tête à ta tante pour qu’elle ne voie pas ce triste spectacle. L’après-midi, nous n’avançons que très lentement d’autant plus que les avions passent à tout moment et que l’on entend les mitrailleuses qui nous obligent à faire des plats ventres dans les fossés. Vers trois heures de l’après-midi, nous entendons de très fortes détonations et nous voyons s’élever des colonnes de fumée d’Artenay. Le pays vient d’être bombardé; nous y arrivons vers 6h après avoir fait 20kms à pied. Artenay est en partie évacuée et à moitié démolie. Un certain nombre de maisons brûlent; sur les trottoirs, l’on marche sur des morceaux de verre, d’ardoise et de tuile. Pas une glace, pas une vitre n’a résisté à l’explosion. Je trouve, à la sortie du pays, une maison bourgeoise dont une partie qui donne sur la cour est encore habitable; ne pouvant plus avancer, nous décidons d’y passer la nuit. Madame Cary trouve dans la cour un poulailler et des œufs. Ce sera notre dîner avec une boîte de cassoulet qu’on vient de nous donner avec du chocolat et deux bouteilles d’eau de Vichy dans une épicerie en liquidation forcée. Nous mangeons des asperges restées sur le buffet de la cuisine avec la sauce toute prête et nous nous couchons sur le lit des gens.
Le lundi 17 juin, nous quittons Artenay à l’aube en direction d’Orléans par la route nationale. Madame Cary a trouvé une petite brouette; nous mettons les bagages dessus et elle m’aide à la rouler. Ta tante n’a plus son sac de voyage à porter. Pendant plusieurs kilomètres, elle va même pouvoir s’accrocher à une grosse voiture de ferme, ce qui nous permet d’avancer plus vite. Nous traversons Chevilly et Cercottes à peu près abandonnées. Arrivés à 6kms d’Orléans, la route est barrée, on ne passe plus. La ville est bombardée et les ponts ont sauté. Nous prenons à droite par Saran où nous déjeunons sur une petite table dans une cour. Nous nous reposons un peu et nous repartons en direction de la Loire. À 6h, du soir nous sommes à La Chapelle Saint-Mesmin. Ta tante a fait les derniers kilomètres en se traînant, elle ne pouvait plus avancer. Je demande à un fermier resté au pays s’il est possible de traverser la Loire. Il me répond : « Vous n’y pensez pas, les Allemands y sont ! Venez les voir défiler en vous avançant un peu ». Effectivement, je vois une colonne motorisée de je ne sais pas combien de kilomètres de long. Nous sommes partis avant d’avoir vu la fin en prenant une petite route en direction de Meung-sur-Loire. Nous nous sommes installés dans une petite maison composée d’une cuisine et d’une chambre à deux lits. Nous dînons avec du lapin et des petits pois que nous ont offerts des soldats réfugiés dans une maison à côté de la nôtre. Nous n’avons plus de pain. Nous avons fait, dans la journée, une trentaine de kilomètres à pied Le mardi 18 et le mercredi 19 juin, nous restons dans notre petite maison ravitaillés par les soldats qui prennent quelques repas avec nous. Avec un petit vin rosé et des pommes de terre à la place du pain, nous retrouvons des forces. Les Allemands nous informent que nous pouvons rentrer, la route de Paris est libre !
Nous décidons de partir le jeudi 20 après déjeuner. Je remets les bagages sur la brouette et nous partons vers 14h en reprenant le même chemin qu’à l’aller. Nous passons la nuit, avec cinq autres personnes qui se sont jointes à nous, dans une maison abandonnée près de Saran. Nous dînons avec du lapin et des pommes de terre.
Le vendredi 21 juin, départ à 5h1/2. Après Saran, nous reprenons la route nationale. La tante et une dame suivent lentement. Un Allemand, qui conduit une voiture de la Croix-Rouge, les fait monter dans son auto et les dépose à Chevilly où nous les retrouvons. Une heure après, nous déjeunons avec du porc frais, de la boule de son, un peu de pain de seigle allemand trouvé dans un cantonnement et du chocolat offert par l’Allemand. Nous arrivons à Artenay vers 3h. Les Allemands nous informent qu’un train pour Paris va partir dans vingt minutes. Nous allons à la gare où un train, avec des wagons de marchandises, est formé pour rapatrier les réfugiés. Nous nous installons comme nous pouvons dans un empilage épouvantable, mais nous sommes heureux tout de même. A 9h du soir, arrêt à Juvisy. Le train ne repart que le lendemain à 7h. Avec l’autorisation des Allemands, nous passons la nuit dans une petite salle, sur des sommiers métalliques.
Samedi 22 juin, départ du train à 7h. Arrivée à la gare d’Austerlitz à 9h. Le métro marche, nous le prenons jusqu’à Alésia; il ne va pas plus loin. Nous faisons quelques provisions et nous rentrons à la maison. Nous retrouvons notre appartement comme nous l’avons laissé. Quel soupir de soulagement maintenant que tout est terminé; nous ne regrettons pas notre misère.
J’ai été chez toi, une dame remplaçait la concierge. Elle m’a dit de te dire qu’elle était la maman du jeune papa…que tu saurais. Elle m’a dit aussi que la dame qui était avec toi venait aérer tous les 3 ou 4 jours. Comme elle hésitait à me donner la clef, ne me connaissant pas, je lui ai dit de m’accompagner, ce qu’elle a fait. Tout doit être dans l’état où tu l’as laissé. Monsieur Chesneau a fait enlever toute la farine. »
Les Français, abandonnés à leur triste sort, demandèrent l’armistice avec leurs pieds. La formule n’est pas de moi. Elle dit bien ce qu’elle veut dire.
En quelques semaines, c’est tout le tissu social, le cadre de la vie publique, qui explosa.

mercredi 03 juin 2009

"Souviens-toi Remember"

Dès que le débarquement des Alliés sur la côte normande fut connu, la division SS Das Reich, au repos à Bordeaux et à Montauban, reçut l’ordre de faire mouvement vers la Normandie. Commandée par le général Lammerding, elle fut harcelée par les résistants des FFI, chargés de freiner sa progression. La 3e compagnie du 1er bataillon s'arrêta à Oradour-sur-Glane une jolie bourgade de 1 400 habitants, proche de Limoges.
Pressé par la résistance, le général Lammerding ordonna à cette compagnie de détruire Oradour-sur-Glane. Cette compagnie SS comptait environ 120 hommes qui avaient, depuis la campagne de Russie, une triste expérience de l'extermination des populations civiles.
En début d'après-midi, le 10 juin 1944, c’est-à-dire quatre jours seulement après le début du débarquement, le bourg fut cerné et la population, y compris les personnes âgées et les enfants des écoles, rassemblée sur le champ de foire sous le prétexte d'une vérification d'identité. Les SS pénétrèrent dans les maisons, et, sous la menace de leurs armes, obligèrent tous les habitants du village, même les malades, à se rendre sur le lieu de rassemblement. Les Allemands divisèrent la population en deux groupes : d'un côté les femmes et les enfants, de l'autre les hommes. Les hommes furent répartis entre six lieux de supplices : ils y furent mitraillés et leurs corps incinérés avec des moyens de fortune. Le groupe qui comprenait les femmes et les enfants fut enfermé dans l’église avec de la paille, des fagots et des caisses d’explosifs. Des soldats asphyxièrent les occupants et mirent le feu à l’intérieur de l’église.
Leur forfait accompli, les SS pillèrent le village et achevèrent de l'incendier Une seule femme survit au carnage. 644 personnes furent massacrées lors de cette journée dont 246 femmes et 207 enfants.
Deux ans après, en 1946, mon père, directeur de l’urbanisme en Charente, décida un dimanche de se rendre à Oradour-sur-Glane, avec ma mère et moi, pour tenter de comprendre ce qui ‘était passé le 10 juin 1944. Je n’ai jamais oublié le panneau à l’entrée du village martyr : « Souviens-toi - Remember ». De ce charmant petit village, aux bords de la Glane, peint par Monet, à plusieurs reprises, il ne restait que des ruines. Ce que la 3ème compagnie du 4ème régiment blindé de la division « Das Reich » avait fait le 10 juin 44 était épouvantable. Je n’ai jamais oublié le silence qui régnait dans les rues de ce village désert, l’odeur de brulé qui planait. Le village sentait encore la mort. Nous avions la gorge serrée, incapables de prononcer un mot. C’est en larmes, que nous quittâmes les lieux de ce drame encore récent. C’était épouvantable.
J’ai souvent eu l’intention de me rendre à nouveau à Oradour-sur-Glane, mais je n’en avais pas le courage. Le 21 mai dernier, peu après Limoges, Dany aperçut un panneau indiquant Oradour-sur-Glane à quinze kilomètres. Nous décidâmes de nous y rendre. Soixante cinq années ont passé, un nouveau village a été construit à proximité, un Mémorial a été inauguré en 1999, des Allemands nombreux, discrets, découvraient les ruines et le récit de ce qui s’est passé le 10 juin 1944. Le lieutenant Heinz Barth, qui portait une lourde responsabilité dans ce massacre, en raison de son grade le plus élevé, est mort le 14 aout 2007 à l'âge de 86 ans. Il avait été condamné à la prison à vie en 1983 en RDA pour crime de guerre et libéré en juillet 1997, à 76 ans, en raison de son âge, de son état de santé et des regrets qu'il avait exprimés pour ses actes.
La commune, la population, n’oublieront jamais.
Le panneau : « Souviens –toi Remember » est toujours à la même place.

dimanche 21 septembre 2008

La Défense fête son 50ème anniversaire

Le 9 septembre, 30 000 personnes s’étaient réunis pour fêter le cinquantième anniversaire de La Défense. Pour les jeunes parisiens qui ont vu grandir ce quartier, ce fut un non événement. Pour ceux qui, comme moi, ont commencé leur carrière au moment où André Prothin (qui dirigeait le Ministère de la Reconstruction au lendemain de la guerre) a été nommé à la tête de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de la Défense), en 1958, cet anniversaire est chargé de souvenirs.
Il se trouve que tout à fait par hasard, le premier travail qui m’a été confié, à la fin de l’année 1962, concernait le projet de règlement de copropriété de la S.I.P.N.D, la société immobilière constituée pour réaliser la première opération de La Défense qui comprenait la Tour NOBEL. C’était mon premier emploi, au retour du service militaire. Les promoteurs, Paul Chané, qui possédait entre autres l’hôtel du Palais à Biarritz et Lafosse, un adjoint au maire de Puteaux, étaient associés dans cette opération importante qui comprenait un bâtiment en « dents de peigne » et la Tour NOBEL, du nom de son premier acquéreur. La tour a changé de nom, elle s’appelle aujourd’hui la tour « Initial ».
Cette tour avait trente ans d’avance. Les architectes et ingénieurs, Jean Mailly, Jacques Depussé et Jean Prouvé, pouvaient être fiers de leur œuvre. Ils avaient imaginé des solutions révolutionnaires pour l’époque. Jean Prouvé avait, pour la première fois, développé le mur-rideau à grande échelle et ouvert des plateaux de 1 000 m2 en centrant les servitudes sur la structure du noyau central de béton.
Cette tour avait trente d’avance, car elle possédait déjà les caractéristiques des bâtiments « intelligents » des années 90. La ventilation avait été intégrée à la double peau de la façade. Les angles arrondis permettaient d’utiliser un seul joint tournant, une innovation qui a fait le tour du monde. On pouvait poser des prises à n’importe quel endroit, grâce à la centralisation des câbles. Les allèges basses qui font entrer la lumière, apparurent pour la première fois.
Les architectes français entretenaient « le rêve américain », Mailly, Depussé et Prouvé, l’ont fait au début des années soixante. Comme personne ne semble s’en souvenir, je consacre un billet à ce premier immeuble de La Défense.

lundi 25 août 2008

Eux aussi sont des "Experts". Ils ont droit à un petit morceau de la médaille d’or !

A la fin de la finale du tournoi olympique de hand-ball, dimanche matin, quand la joie a envahi le camp français, j’ai eu une pensée pour deux hommes que les commentateurs, trop jeunes, ont oublié d’associer à cet événement qui fait entrer cette équipe et cette discipline dans le Panthéon du sport français.
Le premier, c’est Nelson Paillou, malheureusement décédé le 17 novembre 1997 dans un accident de voiture sur une route de son cher Béarn. Ancien joueur de hand, il fut le premier président de la section hand du Bordeaux Etudiants Club de 1942 à 1964. Cette année là, il devint le président de la Fédération Française de Hand-Ball et lança une grande campagne pour développer ce sport qui était essentiellement scolaire et universitaire. Il fut nommé Chef de Mission de la délégation française au J.O de Montréal. En 1982, il quitta ses fonctions à la Fédération pour prendre la présidence du Comité national olympique et sportif français, le C.N.O.S.O.F, dont il était déjà le vice-président depuis 1971. En 1993, il renonça à se représenter pour un troisième mandat et laissa sa place à Henri Sérandour, l’actuel président du C.N.O.S.O.F.
Le second, qui a une immense affection pour Nelson Paillou dont il était un peu le fils, est mon ami d’enfance (nous étions ensemble en sixième au lycée d’Angoulême), Jean Férignac. Professeur d’éducation physique, ancien international universitaire de football, il vint rapidement au hand-ball qu’il ne quitta plus. Gardien de but et capitaine de l’équipe de France de 1958 à 1970, il a joué plus de 200 fois dans l’équipe nationale, fut élu meilleur joueur français en 1960 et 1964 et remporta quatre titres de champion de France. Après sa carrière de joueur, il devint entraineur, puis directeur technique national, après avoir été au Cabinet du Ministre de la Jeunesse et des Sports, Roger Bambuck. En 1982, quand l’équipe de France de football prépara la coupe du monde en Espagne à Font Romeu, Jean Férignac (sur la photo, chez moi, avec Michel Hidalgo) était le proviseur du lycée climatique où les joueurs étaient installés.
Ces deux hommes, qui ont tant fait pour le hand-ball français, sont aussi des "Experts". Ils ont droit à un petit bout de la médaille d’or.

samedi 12 juillet 2008

Multiple sclerosis (suite)

Comme chaque jour, nous sommes allés à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, passer un moment avec notre fils Jérôme. Il poursuit son combat contre la maladie et ses conséquences. Branché de partout, pour l’alimenter en oxygène, l’hydrater, le nourrir et perfuser trois antibiotiques puissants qui ont bien du mal, depuis plus de quinze jours, à venir à bout d’une infection pulmonaire doublée d’une infection urinaire. Il est à l’isolement complet en raison de la présence d’une bactérie multi-résistante redoutable. Pour lui rendre visite, il faut s’équiper de blouses, gants et parfois de masques qui accentuent encore la distance qui le sépare des gens bien-portants.
Pendant le temps que nous passons avec lui, nous nous efforçons de le distraire, de casser sa solitude, de faire entrer la vie dans sa chambre ; nous commentons l’actualité, le CD de Carla, le départ de PPDA, la colère de Cohn Bendit à Strasbourg, le Sommet de l’Union pour la Méditerranée qui débute demain. Aujourd’hui, était une journée particulière. Le 12 juillet 1998, Jérôme était déjà en chaise roulante, mais nous avions, ensemble, assisté à la demi-finale de la coupe du monde de football qui opposait la France à la Croatie. Il ne parle plus qu’à lui même mais son sourire exprimait tout le plaisir qu’il avait à l’évocation de cette journée de toutes les émotions.
Invités par le général d’armée Raymond Germanos, qui dirigeait depuis quelques jours l’Institut des hautes études de défense nationale, nous avions également assisté, du balcon de son bureau à l’Ecole militaire, au magnifique concert des 3 ténors sur le Champ de Mars. Son regard, même dans les moments de souffrance et de détresse, quand les muscles de sa poitrine ne parviennent plus à remplir ses poumons, n’exprime aucune lassitude, aucune colère. Il n’en pense pas moins mais semble considérer que chaque moment vaut la peine d’être vécu. Il sait pourtant depuis longtemps qu’il n’a rien à espérer de l’avenir et que demain il ne pourra pas faire ce qu’il a fait aujourd’hui. Quel courage !