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dimanche 19 octobre 2008

Refondez, refondez, il en restera toujours quelque chose…

En ces temps troublés, tout semble « à refonder ». Il faut refonder la Société, le capitalisme, le système financier.
Le parti socialiste n’y échappe pas, à quelques semaines d’un congrès important. Ce n’est pas nouveau en ce qui le concerne. On cite souvent le congrès d’Epinay, mais il est intéressant de remonter à l’année 1959 pour comprendre les difficultés auxquelles ce Parti est confronté.
Guy Mollet, qui avait évincé Blum au lendemain de la Libération, était à bout de souffle, dans l’impasse, après le retour du général de Gaulle au pouvoir et la fin de la IVème République. Son Parti, la SFIO, se disloquait.
Minoritaires, en désaccord profond avec la politique de compromissions de la direction de la SFIO, opposés au ralliement du Parti au nouveau régime et aux orientations de la guerre d’Algérie, des membres éminents comme Edouard Depreux, Alain Savary, Verdier, Daniel Mayer, s’éloignèrent de la SFIO pour créer un nouveau Parti, le Parti socialiste autonome, le PSA.
Encouragés par Pierre Mendès France, qui les rejoindra peu de temps après, ces minoritaires tinrent leur premier congrès au mois de mai à Montrouge. La personnalité du radical PMF et l’appel à une refondation du socialisme, à « une réforme globale comme en 1789, et pour les mêmes raisons », provoquèrent une vague d’adhésions comme le socialisme français n’en avait pas connu depuis longtemps.
Passons sur le refus d’accueillir François Mitterrand, qui sollicita son adhésion, et sur la transformation du PSA en PSU le 3 avril 1960, qui ne constituèrent pas l’essentiel de cette évolution du Parti.
Comme en 1959, mais pour d’autres raisons, le Parti socialiste est à nouveau dans l’impasse. C’est d’ailleurs le titre du dernier ouvrage de Lionel Jospin qui analyse excellemment la situation dans laquelle se trouve son Parti et passe en revue les conditions à réunir pour une refondation. Il souligne notamment que ce Parti « n’a pas la culture du « chef », alors qu’il a besoin d’un leader. Il rappelle que « chaque fois que le Parti socialiste rencontre un échec, le doute s’installe. On ne questionne plus ce qu’il fait, on dispute de ce qu’il est. » Lionel Jospin avoue, à la fin de son livre, « qu’il est trop tôt pour dire si le nouveau Parti sera celui de toute la gauche, ou une fédération de forces agrégées autour d’une plate-forme et d’engagements communs », pour sortir de l’impasse.
Pierre Joxe, dans ses « entretiens avec Maryvonne de Saint Pulgent, publiés très récemment par les Editions de l’aube, n’y va pas par quatre chemins, quand il explique à la page 44, que pour gagner, en politique, il faut : « une stratégie, autrement dit on réfléchit, une organisation, on organise l’application de la stratégie, et un leader ». Il raconte comment, après la campagne de 1965, Mitterrand a réuni un certain nombre de ses proches dans un petit Parti qui s’appelait la Convention des institutions républicaines et s’est employé à réunir les trois conditions du succès, en commençant par la prise du contrôle du Parti socialiste au congrès d’Epinay de 1971.
Dans la situation où se trouve le Parti socialiste aujourd’hui, existe-t-il un risque d’éclatement comparable à celui de 1959 et à celui de 1971 ? Il est certain que la crise économique et financière qui secoue le monde ces jours-ci, donne des idées aux antilibéraux qui sont tentés de se compter pour peser sur les débats et réclamer une rupture « nette » avec la ligne du parti.
Au congrès de Reims, le risque d’une scission existe. Julien Dray, comme Benoit Hamon, ne le cache pas. Les participants ne pourront pas se contenter de disserter sur le point de savoir si le Parti doit être un Parti de militants ou de supporteurs !
Refondez, refondez, il en restera toujours quelque chose…

vendredi 17 octobre 2008

« the governments of Europe »

Seules les crises font avancer l’Europe. C’est un fait. Ce qui se passe ces jours-ci en apporte une preuve supplémentaire.
La Commission européenne, et sa lourde administration, laisse alors la place à l’Europe des nations, d’où émergent les plus puissantes qui disposent alors de l’autorité qu’elles ont, où qu’elles se donnent.
Les Anglais, sous la pression de graves menaces, sont alors capables de prendre, très vite, les décisions les plus hardies alors qu’en temps normal les rapports avec eux sont si souvent exécrables.
Dans les derniers jours de septembre, au Luxembourg, dans les locaux de la Commission, j’ai entendu un délégué britannique exprimer les plus expresses réserves sur la « Coopération Structurée Permanente » qui figure dans le traité de Lisbonne et qui est indispensable au développement de l’Europe de la défense et de la sécurité, en arguant, très tranquillement, que les conservateurs qui vont certainement reprendre possession du 10 Downing Street, s’opposeront à l’application du Traité et remettront tout en question.
Cette posture quasi-amoureuse, du « ni avec toi, ni sans toi » n’est plus tolérable, car elle paralyse l’Europe. Elle pourrait être réglée, comme l’a récemment suggéré Valéry Giscard d’Estaing, en conférant un « statut spécial » au Royaume Uni, qui lui offrirait des possibilités de dérogation comme cela a été possible avec l’Euro.
La Grande-Bretagne a toujours été plus soucieuse de ses intérêts nationaux que de l’intérêt général, et de l’Europe en particulier.
Rappelons-nous : Peu de Français et de Britanniques savent, ou se souviennent, que le 16 juin 1940, Churchill, et son Cabinet, donnèrent leur accord sur le texte suivant que le général de Gaulle, de Londres, dicta au Président du Conseil, Paul Reynaud, par téléphone, à 16h30 précise :
« A l’heure du péril où se décide la destinée du monde moderne, les gouvernements de la République française et du Royaume-Uni, dans l’inébranlable résolution de continuer à défendre la liberté contre l’asservissement aux régimes qui réduisent l’homme à vivre d’une vie d’automate et d’esclave, déclarent :
« Désormais, la France et la Grande-Bretagne ne sont plus deux nations, mais une nation franco-britannique indissoluble.
Une constitution de l’Union sera rédigée, prévoyant des organes communs chargés de la politique économique et financière et de la défense de l’Union.
Chaque citoyen français jouira immédiatement de la nationalité anglaise. Chaque citoyen britannique devient un citoyen français….
La suite, on la connaît. Le Président Reynaud en donna lecture devant ses ministres ébahis, retranchés à Bordeaux. Les événements s’accélèrent, de nombreux ministres désapprouvèrent le projet, Paul Reynaud perdit pied et le projet resta lettre morte. Cet épisode peu connu, que raconta excellemment Benoist-Méchin, dans « Soixante jours qui ébranlèrent l’Occident », est à conserver en mémoire pour mieux décoder le comportement des Britanniques.
J’ajoute, mutatis mutandis, que la veille, le 15 juin 1940, le Président Roosevelt, sollicité une nouvelle fois, de manière pressante, refusa d’intervenir militairement dans le conflit.
Devant la force des choses, il ne faut jamais désespérer de la capacité des peuples européens à exprimer une certaine puissance.

mardi 14 octobre 2008

Puissance et faiblesse

« Les Américains sont des habitants de Mars et les Européens de Vénus : Ils ne sont que très rarement d’accord entre eux et se comprennent de moins en moins…L’Europe est en train de se détourner de la puissance, ou, plus exactement, elle se dirige vers un au-delà de la puissance, vers un monde bien distinct de l’autre, ou règnent la loi, la réglementation, la négociation et la coopération entre les nations… »
Il paraît loin le temps où Robert Kagan, chef de file, avec William Kristol, des néo-conservateurs, expliquait « pourquoi, à ses yeux, la vision politique des Européens découlait de leur faiblesse, alors que celle des Américains découlait de leur puissance et de leurs responsabilités mondiales. »
L’excellente revue COMMENTAIRE avait publié, avec l’autorisation de l’auteur et du Carnegie Endowment for International Peace, la traduction d’un essai dans sa livraison de l’automne 2002. Certes, cet article, écrit au lendemain du 11 septembre, évoquait surtout la faiblesse militaire de l’Europe, mais les mots étaient durs, quand Robert Kagan parlait de cette « volonté de conciliation qui rappelait fâcheusement la mentalité des années 30. »
Traitaient souvent de « cow-boys », les Américains selon lui, assumaient plutôt, à ses yeux, le rôle du shérif qui fait régner l’ordre. Un siècle semble s’être écoulé entre la publication de cet essai, qui avait fait couler beaucoup d’encre, et la crise financière mondiale que nous connaissons aujourd’hui. Le président américain et les néoconservateurs, si sûrs d’eux, si arrogants, ont échoué sur toute la ligne : en Irak, au Proche Orient, sur le plan économique et financier. Le bilan est désastreux. Ils sont à bout de souffle. L’Amérique n’a jamais été aussi faible.
Dans le même temps, la « vieille Europe », en grande partie grâce au talent de l’austère, mais expérimenté, Gordon Brown, qui fut pendant douze ans Chancelier de l’Echiquier, se montre capable d’apporter une réponse astucieuse et globale au blocage du système financier. Par son unité, son imagination, son expérience, l’Europe a, ce lundi 13 octobre, a fait, aux yeux du Monde, la démonstration de sa puissance.
Tous les acteurs de l’Eurogroupe, de Jean-Claude Trichet, si souvent critiqué à tort, au président français, qui s’est dépensé sans compter, ont contribué à restaurer la confiance avec des actes et des engagements et non avec des mots.
Puissance et faiblesse, sont des mots à employer avec prudence.
Mais ce n’est pas tout ; le fait majeur de ces derniers jours, c’est la prise de conscience que seule la signature de l’Etat est crédible dans pareilles circonstances. Depuis que Milton Friedman et l’Ecole de Chicago avaient engagé l’Amérique dans la voie du monétarisme, John Kenneth Galbraith, mort en 2006, qui contribua à faire des théories keynésiennes le socle de la science économique, paraissait obsolète.
Nombreux étaient ceux qui ne croyaient plus aux services publics à l’européenne, à l’intervention de l’Etat. Il fallait laisser le marché se réguler tout seul, au nom de la liberté. Galbraith critiquait la société de consommation américaine. Il considérait que, poussés par la publicité, les Américains achètent des biens inutiles, dont ils n’ont pas besoin, et que la prospérité n’était pas là où elle devrait être, c’est-à-dire dans l’éducation, la santé, les transports. Il était très critique sur le capitalisme libéral et ses perversités. Il plaidait pour une économie plus équilibrée où l’Etat assure les grands équilibres, sert de régulateur, de contre-pouvoir à une certaine oligarchie de la production. Dans on dernier ouvrage, « Economics and the Public Purpose », il plaidait même pour une nationalisation partielle de l’économie.
Nous y sommes quand tout va tellement mal qu’on ne peut laisser les « cow-boys » patauger comme ils l’ont fait en laissant tomber Lehman Brothers, au nom du marché qui « s’autorégule ».
Au fond, j’aurais du intituler ce billet : « La revanche de John Kenneth Galbraith »

mercredi 08 octobre 2008

Ainsi était Jérôme

Jérôme aimait les belles montres, les chemises Façonnable, les séjours au Club Méditerranée, les installations du Racing Club de France, au Pré Catelan, où il jouait au tennis ou au volley. Il aimait la fête, les réunions entre amis. Il aimait la vie.
Les longues heures de solitude, entre les quatre murs de sa chambre, n’en ont été que plus éprouvantes. Elles ne se traduisaient par aucun signe d’amertume ou de révolte. Le beau sourire qu’il nous adressait chaque jour, quand nous entrions dans sa chambre, était notre récompense.
Jérôme nous a souvent demandé de lui lire, et relire, la fin de Cyrano de Bergerac, dans laquelle il devait puiser une forme de courage à laquelle il s’identifiait.
Ainsi était Jérôme !
Quand il n’eut plus de doute sur la nature de sa maladie, à la fin du mois de décembre 1992, il se rendit à la bibliothèque de l’hôpital Cochin et là, pendant plusieurs heures, il comprit ce qui l’attendait. La sclérose en plaques est une maladie neurologique qui détruit petit à petit la myéline qui entoure les ramifications nerveuses et paralyse les organes les uns après les autres.
Interrogé pour le 20h de TF1, en 1998, sur cette mystérieuse maladie, il déclara, avec un sourire résigné : « Je sais que je ne pourrai pas faire demain, ce que je fais aujourd’hui » Il adapta alors ses passions à ses moyens. L’informatique, pour lequel il montra un certain talent, devint le centre de ses occupations. Créer des sites internet, dompter les logiciels les plus compliqués, réaliser des images de synthèse, s’équiper des ordinateurs les plus puissants : « des bêtes de course », disait-il, caractérisèrent sa nouvelle vie.
Un syndrome cérébelleux le priva rapidement de toute autonomie. Nous devînmes alors ses mains et ses yeux. Quand nous ne comprenions pas ce qu’il voulait que nous fassions, il s’impatientait. Le mot de passe qu’il utilisait était toujours : « griffon », inspiré de l’étrange et intrigante correspondance entre Sabine et Griffon de Nick Bantock, qu’il avait appréciée.
Quand il perdit définitivement l’usage de la parole, au service de réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré à Garches, en décembre 2006, il n’en conserva pas moins un humour très personnel. Alors que nous lui demandions ce que nous pouvions faire pour lui, il nous répondit, en posant un doigt sur les lettres de l’alphabet : « un café et l’addition », heureux de l’effet produit.
Ainsi était Jérôme.
Sa force de caractère était surprenante. Il ne se plaignait jamais et niait systématiquement les effets de cette terrible maladie. Nous ne l’avons jamais entendu dire qu’il souffrait ou qu’il en avait assez. Il avait le souci constant de ne pas nous faire de peine. Sa volonté de vivre, alors que les perfusions et autres sondes de toutes sortes le maintenaient en vie, est restée intacte jusqu’au dernier moment.
Grand séducteur, il manifesta encore, dimanche après midi, en voyant entrer dans sa chambre une nouvelle et charmante aide-soignante, à quel point il était sensible « aux robes qui passèrent dans sa vie. »
Ainsi était Jérôme, que nous aimions tant et qui nous le rendait bien.
Dany, Laure et Michel

lundi 06 octobre 2008

Multiple sclerosis (fin)

Atteint d'une forme progressive violente de sclérose en plaques, notre fils, Jérôme, s'est éteint hier soir à 21h47. Il avait eu 41 ans le 28 septembre dernier.
Il s'est battu contre les ravages de cette épouvantable maladie avec un courage et une volonté de vivre qui faisaient l'admiration du personnel soignant et de ses amis.
Nous avons devant nous un grand vide. Il va falloir continuer à vivre sans lui.