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lundi 29 septembre 2008

« Avoir toujours raison…c’est un grand tort »

Ce qui arrive était écrit. Les actionnaires, qui exigent une rentabilité des fonds propres à hauteur de 15% par an, sont des aventuriers. La sophistication des produits financiers, poussée à l’extrême et sans aucun contrôle, ne pouvait conduire qu’à la catastrophe. Il ne faisait pas bon jouer les Cassandre à ce sujet, il y a encore quelques mois.
Ce qui arrive était écrit. J’ai retrouvé dans mes billets, celui que j’avais écrit le 19 décembre 2005. Il n’est pas inintéressant de le remettre en ligne aujourd’hui :
« Je ne sais pas si Jacques Chirac a vraiment exprimé cette conviction devant des proches, comme le rapporte Catherine Pégard dans LE POINT du 8 décembre dernier, mais je pense que ceux qui ironisent sur ce propos feraient bien de réfléchir à deux fois. Le libéralisme, poussé à l’extrême par certains, produit des dégâts que la communauté internationale ne parvient pas à réguler. L’économie financière fait beaucoup de mal à l’économie réelle. La pression des actionnaires pour dégager des bénéfices importants à court terme devient insupportable. Les outils dérivés sont devenus une bombe à retardement. On vient de voir à Hong Kong et à Bruxelles à quel point les opinions publiques ont exercé une pression sur leurs représentants pour faire prévaloir des intérêts nationaux et finalement aboutir à des compromis qui sont également des bombes à retardement. Le nouvel ordre mondial n’est pas la Coupe du Monde de football. Le libéralisme, c’est à dire la liberté de faire à peu près ce qu’on veut sur le plan économique, accentue en permanence les écarts de revenus entre les riches et les pauvres, entre le Nord et le Sud. Le Président de la République, malgré tous les reproches qu’il est de bon ton de lui faire actuellement, est mieux placé de quiconque en France pour constater la montée les périls. De Sommets en Sommets, de G7 en G8, de Conseils européens en Conseils européens, il défend les intérêts de la France dans une compétition qui pourrait un jour mal se terminer. Lionel Stoleru avait, il y a une dizaine d’années, écrit dans le Monde un papier dans lequel il expliquait, en d’autres termes, que la révolution industrielle avait créé les conditions du marxisme et qu’il ne faudrait pas s’étonner si, un jour, le libéralisme trouvait sur son chemin un important mouvement mondial de contestation. Ceux qui rétorquent qu’on a pas trouvé mieux que la liberté pour créer des richesses et qui balayent les objections d’un revers de main, sont très optimistes. Ceux qui pensent que le libéralisme, que nous connaissons actuellement, est là pour 1000 ans sont inconscients. Jacques Chirac a probablement raison de dire, à sa façon, que le libéralisme n’est sans doute pas la fin de l’Histoire économique. »
Comme l’écrivait Edgar Faure : « Avoir toujours raison…c’est un grand tort. »

dimanche 21 septembre 2008

Drôle d’été !

« Priez pour nos soldats à l’étranger envoyés par nos dirigeants en suivant un plan décidé par Dieu. Nous devons être sûrs lorsque nous prions qu’il doit y avoir un plan et qu’il s’agit d’un plan de Dieu », déclara Sarah Palin à ses administrés dans son petit village au nord d’Anchorage.
On croyait qu’Oussama Ben Laden et Mahmoud Ahmadinejad étaient les seuls à justifier leurs agissements par « un ordre de Dieu ». Drôle d’été.
Pendant que Benoit XVI prononçait sa très brillante conférence au couvent des Bernardins et s’en prenait vigoureusement à la culture positiviste qu’il assimile à « une capitulation de la raison », les scientifiques, responsables de l’accélérateur géant du CERN, tentent de reproduire les premiers instants de l’univers en organisant la collision de particules. Drôle d’été !
Les traders ne changeront pas de Porsche à la fin de l’année ; ils ont cassé leur jouet et mis l’économie mondiale en péril. « L’Etat n’est pas la solution, mais le problème » affirmaient Ronald Reegan et les néoconservateurs, ces « êtres supérieurs » pour qui le libéralisme n’avait pas à être régulé. Georges W.Bush n’a pas d’autres solutions aujourd’hui que d’annoncer aux Américains que l’Etat est la seule solution pour éviter à son pays une dépression aux conséquences épouvantables pour son peuple. Drôle d’été !
Il y a encore quelques jours, les professionnels de l’immobilier expliquaient qu’en France, la demande était telle, et l’offre si faible, que ce qui se passait aux USA, en Grande-Bretagne et en Espagne, était impossible. On sait aujourd’hui, comme je l’avais écrit il y a déjà deux ans, que l’écart entre l’inflation courante et l’inflation immobilière ne pouvait pas durer. Les restrictions de crédit, en restreignant la demande, ont provoqué un retournement de conjoncture qui ne se limitera pas à une simple correction. Pendant ce temps, la villa Léopolda, à Villefranche-sur-mer, a été achetée pour la somme –folle- de 496 millions d’euros par le milliardaire russe, Mikhaïl Prokhorov. Drôle d’été !
Ce qui était normal pour le Kosovo, ne l’est pas pour l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Drôle d’été !
Il y a ainsi des moments où les certitudes, les évidences, se retournent comme des chaussettes. Il faut y faire attention, car ce sont souvent les fins de cycle, les ruptures, les accélérations de l’Histoire, qui caractérisent la montée des périls.

La Défense fête son 50ème anniversaire

Le 9 septembre, 30 000 personnes s’étaient réunis pour fêter le cinquantième anniversaire de La Défense. Pour les jeunes parisiens qui ont vu grandir ce quartier, ce fut un non événement. Pour ceux qui, comme moi, ont commencé leur carrière au moment où André Prothin (qui dirigeait le Ministère de la Reconstruction au lendemain de la guerre) a été nommé à la tête de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de la Défense), en 1958, cet anniversaire est chargé de souvenirs.
Il se trouve que tout à fait par hasard, le premier travail qui m’a été confié, à la fin de l’année 1962, concernait le projet de règlement de copropriété de la S.I.P.N.D, la société immobilière constituée pour réaliser la première opération de La Défense qui comprenait la Tour NOBEL. C’était mon premier emploi, au retour du service militaire. Les promoteurs, Paul Chané, qui possédait entre autres l’hôtel du Palais à Biarritz et Lafosse, un adjoint au maire de Puteaux, étaient associés dans cette opération importante qui comprenait un bâtiment en « dents de peigne » et la Tour NOBEL, du nom de son premier acquéreur. La tour a changé de nom, elle s’appelle aujourd’hui la tour « Initial ».
Cette tour avait trente ans d’avance. Les architectes et ingénieurs, Jean Mailly, Jacques Depussé et Jean Prouvé, pouvaient être fiers de leur œuvre. Ils avaient imaginé des solutions révolutionnaires pour l’époque. Jean Prouvé avait, pour la première fois, développé le mur-rideau à grande échelle et ouvert des plateaux de 1 000 m2 en centrant les servitudes sur la structure du noyau central de béton.
Cette tour avait trente d’avance, car elle possédait déjà les caractéristiques des bâtiments « intelligents » des années 90. La ventilation avait été intégrée à la double peau de la façade. Les angles arrondis permettaient d’utiliser un seul joint tournant, une innovation qui a fait le tour du monde. On pouvait poser des prises à n’importe quel endroit, grâce à la centralisation des câbles. Les allèges basses qui font entrer la lumière, apparurent pour la première fois.
Les architectes français entretenaient « le rêve américain », Mailly, Depussé et Prouvé, l’ont fait au début des années soixante. Comme personne ne semble s’en souvenir, je consacre un billet à ce premier immeuble de La Défense.

vendredi 12 septembre 2008

La Russie et ses enjeux de puissance (suite)

Sous ce titre, j’écrivais le 11 octobre 2007 que « la Russie est un grand pays qui a été humilié, traumatisé par la perte de sa puissance passée. Elle veut la recouvrer et pour cela se prépare pour le grand marchandage global qui aura lieu dans 10 ou 15 ans. La puissance, c’est d’abord la puissance militaire avec une nouvelle doctrine qui, depuis Beslan, intègre le terrorisme international. Les Russes ont la hantise de l’encerclement par des puissances hostiles : les relations avec l’occident ne sont pas bonnes, le projet de globalisation et d’élargissement de l’OTAN les laisse en infériorité technologique et provoque un raidissement des militaires qui redoutent les pièges qui leurs seraient tendus. Ils se préparent donc aux guerres de demain. Il faut mal connaître la Russie pour ne pas comprendre les provocations de Poutine à la suite du projet d’installation d’intercepteurs antimissiles. Puisque les accords de désarmement ne sont plus respectés et que la course aux armements a repris, les Russes montrent qu’ils ont les moyens de développer, eux aussi, des armes nouvelles. Les lignes rouges ne sont pas loin d’être franchies même si le dialogue, apparemment courtois, continue. Il faut comprendre que les Russes veulent la parité, comme au temps de la guerre froide. Ils ont du mal à admettre que leur pays n’est plus une super puissance et que leur pays n’est plus qu’une puissance régionale.
Un an après ce billet, il faut se rendre à l’évidence. Les Russes profitent, eux aussi, des derniers mois de la campagne électorale américaine et de l’enlisement de la coalition en Afghanistan, pour pousser leurs avantages. Bons joueurs d’échec, ils ont évalué la situation et sont arrivés à la conclusion qu’en agissant de la sorte, les négociations avec la nouvelle Administration américaine débuteront sur de nouvelles bases. Ils poussent donc les feux sur tous les terrains. Vis à vis de l’Union européenne, en déclarant que « l’Europe occidentale n’avait pas sa propre ligne politique dans l’arène internationale ». En reconnaissant, le 26 août, l’indépendance des républiques autoproclamées d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. En n’atténuant pas, loin de là, les menaces qui pèsent sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine, qui, selon Moscou, mène une politique « inamicale » à l’égard de la Russie et ne protègent pas les droits des citoyens russes en Ukraine. En renforçant ses liens avec la Syrie, aussitôt après les entretiens avec le Président Sarkozy. En procédant lundi prochain à des tests de missiles stratégiques au large de Kamtchatka en Extrême-Orient.
Bref, comme je l’écrivais, il y a un an, les Russes se préparent activement pour le grand marchandage global qui devra avoir lieu tôt ou tard.