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lundi 31 mars 2008

Le Tibet : et maintenant ?

La Chine est convaincue que ce qui se passe au Tibet, à l’occasion du 49 ème anniversaire du soulèvement tibétain, qui avait abouti à l’exil du Dalaï-lama en Inde et à quatre mois des Jeux Olympiques, est un complot de l’Occident, une tentative de déstabilisation de son régime politique et économique en pleine expansion. Les dirigeants chinois sont mal à l’aise quand ils sont confrontés à ce type d’événements. Ils savent que l’affaire est grave, très grave.
Elle est grave, parce que tout avait été mis en œuvre pour convaincre le Monde que la Chine est un pays comme les autres. Les Jeux, auxquels ils tiennent tant, doivent être la vitrine d’un pays en plein développement, en apparence heureux, moderne, alors qu’au fond, le régime n’a pas changé depuis près de soixante ans. Le peuple chinois n’est pas libre, au sens où nous l’entendons en France, mais il n’a jamais connu la démocratie et il est certainement plus heureux aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Il a certes, perdu la religion, mais le Chinois a trouvé la Foi dans un avenir meilleur.
Les dirigeants chinois feignent de ne pas comprendre le combat pour les droits de l’Homme alors qu’ils accordent à leur peuple des droits sociaux et un bonheur matériel dans un pays où le marxisme a fait plus que l’impérialisme britannique, le christianisme ou la démocratie.
L’affaire est grave aussi parce qu’elle touche aux intérêts vitaux de la Chine. Le territoire du Tibet, par sa situation géographique, est stratégique. Il est le « château d’eau de l’Asie ». Les plus grands fleuves y prennent leur source. Les gisements d’uranium, de cuivre, de chrome, de lithium et autres matières premières sont considérables.
Enfin, l’affaire est grave parce que le risque est grand de voir les manifestations s’étendre dans d’autres régions du sud de la Chine et notamment dans le Sichuan.
Que peut faire la Chine, face à la pression internationale ? Ne rien faire, durcir la répression, comme le fait Zhang Qingli, le proconsul à Lhassa, accuser « la clique du dalaï-lama », faire le gros dos. La tentation est grande, d’autant plus que de nombreux pays se contentent d’inviter les dirigeants chinois « à la retenue et au dialogue ».
La Chine, après un moment d’hésitation, peut donner des gages, dialoguer sans prendre d’engagement, gagner du temps, retourner l’opinion internationale par des signes de bonne volonté qui ne l’engageront pas au delà de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. La Chine, considérant qu’elle est en position de force sur le plan économique et monétaire peut aussi menacer. Certains de ses représentants, à bout d’arguments, ont commencé à le faire.
Il n’est pas dans la tradition diplomatique chinoise de se lancer dans une montée aux extrêmes, encore moins aujourd’hui, à ce stade de son développement. Avec le souvenir obsédant de ce qui a fragilisé l’Union soviétique et conduit à son effondrement, la Chine va probablement prendre au sérieux les revendications officielles et culturelles du dalaï-lama et tenter de rendre inopérantes, et sans objet, les initiatives entreprises par des organisations comme Reporters sans frontières. Il paraît évident que les chancelleries occidentales espèrent, et contribueront discrètement, à ce que cette « sale affaire » rentre dans l’ordre au moins provisoirement.
C’est la raison pour laquelle la pression des opinions publiques internationales doit continuer à s’exercer sur la Chine, dans son intérêt, car les Tibétains sont désespérés, et pour que le Monde devienne meilleur.

mercredi 05 mars 2008

Union pour la Méditerranée : le compromis de Hanovre

« Nous sommes convenus qu’en ce qui concerne la coopération entre l’Union européenne et la Méditerranée, nous voulions faire évoluer le processus de Barcelone et lui donner une nouvelle dimension. Cela s’appellera Union pour la Méditerranée, ce sera un projet des 27 Etats membres de l’Union européenne. Nous devons en parler avec les autres Etats membres pour ne pas placer tout le monde devant le fait accompli. La France et l'Allemagne sont des pays importants mais ce ne sont que 2 pays sur 27 et il faut naturellement en parler aussi avec les Etats riverains de la Méditerranée. Mais il y aura une évolution qualitative si les choses se passent comme nous le souhaitons et ce sera un projet des 27 Etats membres de l’Union. ... »
Pour comprendre les propos tenus par la Chancelière allemande, Angela Merkel, après son diner de travail, à Hanovre, avec le président français, il faut tout d’abord relire le discours que le candidat Nicolas Sarkozy avait prononcé à Toulon le 7 février 2007. Par delà le lyrisme qu’inspire la Méditerranée et le volontarisme d’un candidat en campagne, il y avait, dans ce discours, un des principaux projets du futur Président, tous les ingrédients d’une brouille probable avec les Allemands.
Rappelons le contexte : La France, après le NON au projet de Constitution européenne, a perdu une grande partie de son poids dans les Institutions européennes. L’immigration et le terrorisme inquiètent de plus en plus la population. Nicolas Sarkozy s’est prononcé contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Enfin, le Processus de Barcelone, lancé en 1995, est en panne. Le candidat, et ses conseillers, sautent sur l’idée de créer une Union Méditerranéenne susceptible d’apporter des solutions à tous ces problèmes. Dans l’euphorie de la campagne, et avec le souci d’être crédible, Nicolas Sarkozy détaille son projet comme si sa réalisation ne dépendait que de lui. Il imagine l’entrée de la Turquie dans cette nouvelle Institution, envisage la réunion périodique des chefs d’Etat et de gouvernements des pays concernés, un Conseil de la Méditerranée comme l’Europe a le Conseil de l’Europe, la création d’une banque méditerranéenne d’investissement sur le modèle de la banque européenne d’investissement, évoque pour la première fois, qui est passée inaperçue, une politique de civilisation et esquisse au passage la nouvelle politique arabe de la France. Enfin, il n’hésite pas à dire que cette Union Méditerranéenne aura vocation à travailler étroitement avec l’Union Européenne.
Pour la chancelière allemande, ce projet est impensable. Elu, le président Sarkozy entreprend, sur ce thème, une tournée dans le Maghreb, mobilise ses homologues espagnol, italien, désigne un diplomate, Alain Le Roy, pour piloter le projet, et reçoit même Kadhafi, le bikbachi, avec des honneurs que ce projet justifie en grande partie, car pour réaliser cette Union Méditerranéenne, il faudra beaucoup d’argent.
En dehors des « bonnes raisons » qu’a Nicolas Sarkozy de lancer ce projet très ambitieux, il est indéniable que le Processus de Barcelone, qui a la même ambition, est en panne. Les raisons de cette panne sont connues : la priorité donnée à l’ouverture de l’Europe vers l’est, le conflit israélo-palestinien, l’absence de coopération entre les pays du sud de la Méditerranée, l’agriculture absente du Processus de Barcelone et des malentendus auxquels il n’a jamais été possible de remédier. Le Cercle des économistes, longtemps avant le discours de Toulon, et encouragé par le président Jacques Chirac, avait beaucoup travaillé sur cette question. A la fin de l’année 2007, ce Cercle, avec la collaboration d’Hubert Védrine, a publié chez Perrin un ouvrage original sous le titre : « 5+5=32, une feuille de route pour une Union Méditerranéenne.
Les mois ont passé ; les commentateurs s’accordaient pour considérer que le projet de Nicolas Sarkozy minait les relations franco-allemandes malgré le consensus qui a permis de sortir l’Europe de l’ornière. Le gouvernement allemand voit dans l’idée d’une Union Méditerranéenne, un risque de division de l’Union Européenne qui n’est pas supportable. Les commentaires de la presse allemande, les rencontres annulées, ont, malgré les démentis, accrédité l’idée d’un désaccord grave et profond sur cette question. Certains ont même affirmé que le projet était abandonné.
Hubert Védrine, qui sur ce sujet, comme sur quelques autres, est un sage qu’il faut toujours écouter avec la plus grande attention, rappelait il y a quelques jours qu’un compromis s’impose pour ne pas réitérer les erreurs du passé. Combiner coopération renforcée (ceux des 27 qui sont intéressés) et partenariat avec le sud pour ne pas faire de l’assistanat, est certainement difficile mais doit être tenté. Il mettait en garde : « Les annonces spectaculaires, les effets de style, les prétendues nouveautés, ne durent pas. Il faut du temps, de la patience, une vision claire de l’objectif à atteindre et une stratégie fondée sur des analyses justes. » L’Europe s’est construite avec cette méthode, la méthode Monnet, des petits pas. Le président Sarkozy, avocat, excelle dans l’art de demander beaucoup pour ensuite accepter un compromis qui a le mérite de faire avancer les idées et avoir ainsi ce qu’il n’aurait sans doute pas obtenu autrement.
Il faut maintenant souhaiter que le compromis de Hanovre ouvre la voie à des projets précis, concrets et à une très grande volonté commune d’Union pour la Méditerranée même si elle est un peu différente de l’Union Méditerranéenne.