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lundi 21 mai 2007

Profitez bien de ces journées, ce sont les meilleures !

François Bayrou en a rêvé, Nicolas Sarkozy l’a fait ! Une nouvelle République est née, sans avoir à modifier la Constitution. Ce n’est pas la VIème République, que François Bayrou et Ségolène Royal appelaient de leurs vœux, mais la première République présidentielle et médiatique. Un mode de gouvernance qui induit que chaque comportement, chaque décision, chaque image doit, pour être comprise et emporter l’adhésion, être mise au point dans la forme, soigneusement médiatisé et faire l’objet de sondages. Car, c’est aussi la République des sondages censés exprimer quotidiennement la volonté des Français. L’ouverture du Gouvernement à des hommes considérés comme les plus populaires de France, Bernard Kouchner et Martin Hirsch, avec de surcroît une sensibilité de gauche, témoigne de ce souci permanent de plaire et d’animer la comédie des apparences. La présidentialisation du régime, amorcée avec le passage au quinquennat, est devenue une réalité. La constitution du Cabinet du Président de la République en apportera très vite la confirmation. Présentée comme la meilleure équipe de France, avec un vocabulaire sportif qui n’échappe à personne, le Gouvernement nous a volontairement été présenté dans un état d’euphorie qui était également une rupture par rapport aux pratiques antérieures sans doute trop solennelles. Les sourires, les embrassades, les gestes d’affections lors de la photo officielle, étaient nouveaux. Il faudra s’y habituer. Le peuple le souhaite, les médias amplifient, les acteurs jouent leurs rôles et sacrifient à l’air du temps. Alain Juppé semblait un peu gêné, mais c’est peut être une impression personnelle. Si toutes les réformes sont conduites concomitamment, comme le nouveau Président de la République l’a annoncé au cours du premier Conseil des ministres, le quotidien ne sera pas toujours aussi euphorique.
« Profitez bien de cette journée, c’est la meilleure », m’avait dit un dirigeant du Groupe Paribas, à la sortie d’un conseil d’administration qui venait de me nommer à la présidence d’une de nos principales filiales, en 1986. J’ai souvent pensé à cette réflexion, qui, sur l’instant, m’avait un peu agacé.

lundi 07 mai 2007

La France est le seul pays où tout revers a sa médaille!

Ce mot, attribué à l'Académicien Jean Dutourd, m'est immédiatement revenu en mémoire quand les images de la rue de Solferino noire de monde et le sourire de Ségolène Royal sont apparus à la télévision. Les "éléphants", qui regardaient ces images, n'avaient pas le sourire. Etonnés, furieux, ils n'ont pas pu se retenir. "A-t-elle compris qu'elle a perdu?", se sont-ils exclamés. Décidément, depuis 2002, ils ne voient ni les Indiens, ni les flèches. Elle était heureuse du coup de pied qu'elle venait, en quelques mois, de donner dans la taupinière et grisée par une ferveur populaire qu'aucun socialiste n'a connue depuis Mitterrand. Mais, revenons aux choses sérieuses. Ce que les socialistes ont mal évalué, c'est que le monde a changé depuis 1981. La mondialisation, la dure compétition internationale à laquelle tous les habitants de la planète assistent en permanence, ont changé la donne. L'élection du Président de la République au suffrage universel, dans notre pays, amplifie encore cette évolution des comportements. Les Français ont choisi un chef pour l'entreprise France. Ils se sont comportés comme des actionnaires réunis en assemblée générale qui auraient a choisir un nouveau Président. Ils ont choisi celui qui présente le meilleur business plan, fixe des objectifs ambitieux, une stratégie de conquête de marchés en Europe et dans le Monde; celui qui s'engage à évaluer chaque année la productivité de ses directeurs (pardon, de ses ministres!). Il a mis la barre très haut, tellement haut qu'il n'échappe à personne, pas même aux actionnaires (pardon, aux électeurs), que certaines contradictions seront difficiles à gérer; mais peu importe, puisque tout sera possible avec une telle volonté de bien faire et un tel devoir d'optimisme. Il a un contrat de travail à durée limitée, avec quelques avantages, et un conseil d'administration (pardon, une Assemblée nationale!) qui soutiendra probablement son action. Il y a gros à parier, dans le Monde nouveau que nous découvrons chaque jour un peu plus, que les Français se comporterons également comme des actionnaires qui évalueront les résultats du Chef de l'entreprise France, réclameront des dividendes à la mesure des engagements pris et ne se contenteront pas de la fierté d'appartenance. Ah! j'oubliais, les actionnaires minoritaires feraient bien de s'organiser pour défendre leurs intérêts face aux principaux actionnaires qui vont défendre les leurs comme dans toutes les grandes entreprises!