Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 23 décembre 2006

Multiple sclerosis (suite)

Notre fils Jérôme est à l’hôpital Raymond Poincaré à Garches depuis le 10 novembre. Il devait en sortir 48h après une gastrostomie, c’est-à-dire après la pose d’une sonde gastrique destinée à lui permettre de se nourrir suffisamment, ce qui n’était plus possible compte tenu des « fausses routes » fréquentes qu’il faisait.
24h après l’intervention, le 13 novembre, une grave infection pulmonaire, consécutive à l’intubation pendant l’intervention, s’est déclarée. Des bactéries redoutables étaient découvertes dans ses poumons. Fièvre, antibiotiques puissants, oxygène ont accompagné un affaiblissement progressif de son état général parfois alarmant. Dans les premiers jours de décembre, après qu’une inévitable trachéotomie ait été envisagée, son état s’est légèrement amélioré. Il était pressé de sortir, faisait des projets, voulait un ordinateur portable pour Noël et, surtout fumer une cigarette. Nous reprenions espoir. Dans la nuit du 7 au 8 décembre, une violente désaturation en oxygène a nécessité son transfert en réanimation, son intubation et le branchement à un respirateur artificiel. Depuis cette date, ses poumons ne parviennent pas à fonctionner seuls plus de quelques heures malgré l’oxygène nécessaire à la ventilation. Les bras attachés, « torturé » par les nombreuses perfusions et branchements de toutes sortes, il ne parle pas. Il ne parlera sans doute plus. La communication se limite aux questions que nous lui posons et aux réponses qu’il exprime en levant le doigt ou en souriant légèrement.
Conscient, bien qu’extrêmement fatigué par les efforts qu’il doit faire, il donne en permanence des preuves d’un courage hors du commun. Le combat qu’il mène est pourtant désespéré et l’étau se resserre chaque jour un peu plus sur sa pauvre vie.

jeudi 14 décembre 2006

Comment expliquer l’économie aux Français ?

Les sondages, nombreux, à l’approche de l’élection présidentielle, confirment, que parmi les attentes de nos compatriotes, c’est l’augmentation du pouvoir d’achat qui vient nettement en tête, loin devant l’environnement, la lutte contre les inégalités ou l’immigration. Dans une économie libérale et à la veille des fêtes de fin d’année, cela n’a rien d’étonnant. L’inflation publicitaire, la déflation des prix dans certains secteurs comme l’informatique, les offres alléchantes alimentent une augmentation constante des besoins. Comment pourrait-il en être autrement ? Chacun veut sa part du gâteau et de préférence une part un peu plus grande que celle du voisin. Seulement voilà, en France le gâteau n’augmente pas de volume. La croissance est molle ; les riches sont de plus en plus riches et les pauvres, qui appartiennent de plus en plus souvent aux classes moyennes, sont de plus en plus pauvres, ce qui ne les empêchent pas d’avoir envie d’un écran plasma, d’un téléphone mobile de dernière génération ou d’un ordinateur pour les études du « petit.
Dans ce contexte, je trouve que Benoit Duquesne, l’animateur de l’émission « Complément d’enquête », consacrée aux riches, y est allé un peu fort lundi soir. Exhiber ainsi l’arrogance de certains riches qui se dorent au soleil de Saint Barth, leur mépris à l’égard de ceux qui travaillent durement et payent des impôts, avait quelque chose d’indécent sauf si l’on cherche à provoquer la révolution. Bernard Arnaud a bien tenté d’expliquer l’économie aux Français, mais son discours ne pouvait pas passer, les Français n’ont aucune culture économique. La plupart d’entre eux ne comprennent pas, et donc n’admettent pas, que l’économie de marché est la seule solution pour améliorer le niveau de vie moyen des peuples et leur richesse. Il serait quand même triste que la France, cinquième puissance mondiale, soit un des derniers pays, depuis la chute du communisme, à comprendre ce que Chinois, Indiens, Russes, sans parler des Anglais ou des Australiens ont compris depuis longtemps. Pour augmenter le « gâteau » national et mieux pouvoir le partager, il faut des entreprises compétitives qui produisent de la richesse. Ce ne sont pas les fonctionnaires, au demeurant nécessaires, qui contribuent à agrandir le « gâteau » même s’ils sont souvent les premiers à réclamer, en toute sécurité, une augmentation de leur part. Il est donc urgent que les enseignants comprennent que dans le socle de connaissances que les élèves doivent posséder, des notions fondamentales de macroéconomie doivent être incluses. Les dirigeants politiques aussi, au lieu de faire des promesses souvent contradictoires et sans cohérence, au gré des attentes des Français, doivent expliquer, avec un peu de sens pédagogique, le lien qui existe entre l’environnement économique mondial et leur vie quotidienne. Il n’y a pas de démocratie sans pédagogie et sans explication des objectifs. Il faut que les énarques qui nous gouvernent comprennent que tous les Français ne sont pas sortis de l’E.N.A et qu’ils ont le devoir de mettre leur grande intelligence à contribution pour que les Français aiment leurs entreprises autant qu’ils aiment Zidane et que les outils permettant de corriger les graves défauts et inégalités de l’économie de marché soient imaginés et compris par la population.
Les entreprises semblent prêtes, pour leur part, à participer à cet effort de pédagogie, les autres acteurs ne doivent pas être en retard.

vendredi 08 décembre 2006

Un nouveau désordre mondial

Le 11 septembre 1990, quelques jours après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, on se souvient que le père du président actuel des Etats-Unis, avait prononcé un discours sur « un Nouvel ordre mondial », devant les Chambres réunies en Congrès. L’Allemagne était réunifiée, le communisme avait disparu avec l’Union soviétique, les Etats-Unis d’Amérique était devenus la seule grande puissance sur la planète, une hyper-puissance disait Hubert Védrine. La devise qui figure sur les billets de un dollar, « Novus ordo seculorum », s’accomplissait. Le temps était venu de rayonner économiquement et militairement sur le monde entier. Le discours lyrique de Georges Bush père était certainement plein de bonnes intentions. Il croyait sincèrement à ce qu’il disait aux représentants du peuple américain : « un nouvel ordre mondial peut émerger ; une nouvelle époque, plus libre de menaces et de terreur, plus forte dans la poursuite de la justice et plus sûre dans la quête de la paix, une ère dans laquelle les nations du monde(…) peuvent prospérer et vivre en harmonie. Une centaine de générations a cherché cet introuvable chemin vers la paix… »
Quinze ans après, les néo-conservateurs, Dick Cheney, Bill Kristol et d’autres, qui trouvaient Georges Bush père beaucoup trop timide et hésitant, ont théorisé la Pax Americana, transformé profondément l’armée américaine, instrumentalisé, pour ne pas dire manipulé, le fils Bush et, sur la base de certitudes ( de mensonges diraient certains et de constantes désinformations aussi) qu’ils nous ont assénées depuis le 11 septembre, ont réussi à créer un « nouveau désordre mondial ». Ils ne savent plus comment en sortir, « avalent » les couleuvres du rapport Baker – Hamilton, et appellent à l’aide le reste du monde, et notamment la vieille Europe, dont ils se sont tant moqués. Pendant que Bush fils et Tony Blair sont contraints d’aller « à Canossa », le Liban est de nouveau au bord de la guerre civile.
Les experts militaires français portent un jugement sévère sur l’intervention israélienne du 11 juillet dernier. Le chef d’état-major israélien, un aviateur, a cru que l’aviation seule était suffisante pour anéantir le Hezbollah et que la guerre serait très courte. Il était mal renseigné sur la préparation de l’ennemi, sa capacité à s’enterrer et à se fondre dans la population, son système très performant de télécommunication et sa capacité d’adaptation avec un armement russe de la dernière génération. Certains spécialistes sont convaincus que cette intervention n’a été pour les Israéliens qu’un exercice, un prototype de guerre future et que la suprématie aérienne avec 20 000 sorties et une permanence des chasseurs bombardiers a été convaincante. Il n’en reste pas moins que les forces terrestres, mal préparées, insuffisamment professionnalisées, ont échoué notamment à Bint Jbeil où l’armée de terre s’est montrée incapable de livrer un combat de haute intensité. L’imagination tactique était manifestement du coté du Hezbollah. En clair, l’aviation israélienne a gagné la bataille stratégique et le Hezbollah, la bataille tactique. Pour un Etat d’Israël invulnérable, ce n’est pas un succès. La population gronde et vit mal l’absence d’un chef, d’un leader qui aurait été capable de faire cesser les tirs de Katioucha qui ont beaucoup troublé les Israéliens. Ils sont très conscients que Tsahal n’a pas été capable d’atteindre ses objectifs, c’est-à-dire de briser le Hezbollah et de rétablir la capacité de dissuasion d’Israël. Depuis ces 33 jours de guerre, il paraît évident que le Hezbollah s’est déjà réarmé avec l’aide de la Syrie. Les services de renseignement français, israéliens, le confirment. La frontière libano-syrienne est poreuse. Les raids israéliens, non conformes à la résolution du Conseil de Sécurité, sont justifiés dans la mesure où la FINUL n’a pas dans sa mission la capacité de surveiller le territoire libanais. Cette situation explique les propos de Ségolène Royal après son entretien avec les dirigeants israéliens.
Nous en sommes là. Nasrallah, déchaîné, menace le gouvernement libanais de le faire céder par d’autres moyens. Des commandos djihadistes infiltrés sèment la terreur au Liban. Les efforts diplomatiques européens ne sont pas suffisants pour arrêter la montée des périls. Les Américains ne sont plus crédibles après le rapport Baker – Hamilton qui révèle les impasses du bourbier irakien et l’incapacité des Américains à installer la paix dans la région. Le « Grand Moyen Orient », qui devait être la solution miracle, n’est pas pour demain. Les militaires savaient qu’ils ne détenaient pas la solution. Celle-ci ne peut être que politique. C’est maintenant aux diplomates de trouver les moyens de sortir de ce désordre. Il faudra faire vite et que chacun y mette du sien si on veut que la région ne s’embrase pas et que le Liban soit une nouvelle fois détruit.