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mercredi 29 novembre 2006

Remise du prix Edmond Fréville 2006

Pierre Messmer, ancien Premier Ministre, Chancelier de l’Ordre de la Libération, Chancelier honoraire de l’Institut de France et André Damien, Président de l’Académie des Sciences morales et politiques, Président de l’Institut de France, en présence du Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, Michel Albert, accueillaient leurs invités, lundi 27 novembre, dans le salon André Bonnefous de l’Institut, quai Conti, pour la remise du prix Edmond Fréville 2006. Après que André Damien ait remercié un certain nombre de personnalités de leur présence - le nouveau Chef d’état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, le secrétaire général de la défense nationale, Françis Delon, plusieurs anciens présidents de l’Union des associations d’auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale, ainsi que la plupart des membres du jury- le général de corps aérien Michel Forget, correspondant de l’Académie, a remis le prix au vice-amiral d’escadre François Dupont, directeur du Centre des hautes études militaires et de l’IHEDN qui représentait le récipiendaire. Le général Patrick Houdet, créateur de la collection des chercheurs militaires, à qui le prix a été attribué, ne pouvait pas être là pour le recevoir ; il est actuellement le chef d’état-major de la Force Française présente en République démocratique du Congo. Le général Forget, après avoir fait l’éloge de ce brillant militaire, a montré qu’il joignait ainsi « l’action à la pensée ». Le prix Edmond Fréville est un très ancien prix que Pierre Messmer a relancé en 2000. Il était à l’origine décerné chaque année au meilleur travail original, fait au cours des deux années précédentes, sur l’organisation, le régime ou le fonctionnement des ministères militaires ; il est aujourd’hui attribué à un ouvrage traitant de stratégie militaire. En 2000, j’avais remis le prix Vauban au colonel Vincent Desportes qui avait également reçu le prix Edmond Fréville. Nous nous étions alors interrogés sur l’opportunité de lui remettre les deux prix. L’ouvrage : « Comprendre la guerre », le méritait bien cette année là.
Au cours du vin d’honneur qui a suivi, j’ai remercié Pierre Messmer d’avoir bien voulu écrire, pour la revue Défense, l’hommage que je lui avais demandé à la suite du décès de notre ami Pierre Schwed au mois d’août dernier. J’ai eu également un entretien avec Michel Albert. Je lui ai parlé du billet que j’ai consacré récemment à Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il a, comme moi, conservé un très bon souvenir de ces moments passés aux cotés de J.J.S.S et se souvenait très bien du fameux congrès au cours duquel Jean-Jacques Servan-Schreiber avait pris la présidence du parti Radical.

lundi 20 novembre 2006

Jean-Jacques Servan-Schreiber : radicalisme et modernité

Jean-Jacques Servan -Schreiber est mort dans la nuit du 6 au 7 novembre dernier. Dans les nombreux hommages qui lui ont été rendus, la presse n’a pas rappelé les conditions dans lesquelles il était devenu président du parti radical, en 1970. C’est dommage car l’histoire vaut la peine d’être racontée.
J’assistais au congrès et le souvenir que j’en ai est d’autant plus précis que j’avais des raisons personnelles d’être partagé entre l’admiration que j’avais alors pour l’éloquence du président Maurice Faure, le député-maire de Cahors et la conviction que Jean-Jacques Servan – Schreiber représentait l’avenir de ce parti et peut-être du Pays. Le « Kennedillon », sobriquet employé par François Mauriac pour qualifier la personnalité de J.J.S.S, encouragé par le succès de son livre : « le Défi américain », était bien décidé à passer du journalisme à l’action politique. Le parti radical, le plus ancien parti politique de France, qui avait formé la plupart des dirigeants de notre pays, n’allait pas bien depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il devenait même de plus en plus difficile de payer chaque mois le loyer des bureaux de la Place de Valois. Maurice Faure, qui présidait le parti depuis le 19 octobre 1969, eut l’idée de contacter Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui représentait la réforme et la modernité, et de lui proposer le secrétariat général du parti. J.J.S.S saisit l’opportunité qu’il attendait et pris le pouvoir Place de Valois avec son ami Nick Maloumian qui devint secrétaire général adjoint.
Le loyer et les dépenses de gestion courante furent payés régulièrement et les adhésions, qui n’étaient pas nombreuses auparavant, affluèrent. C’est à ce moment là, qu’avec de nombreux amis, nous avons rejoint Jean-Jacques Servan-Schreiber. Son discours, ses idées, son sens de l’organisation, dans la France de 1970 avaient de quoi séduire. Avec Michel Albert, il avait rédigé un manifeste « révolutionnaire » intitulé « Ciel et terre » qui fut adopté par le parti le 15 février 1970. Maurice Faure avait eu une bonne idée mais il sentait bien que le tourbillon allait le dépasser. Des hommes jeunes, brillants, se retrouvaient en fin de journée Place de Valois. Il y avait là autour de Brigitte Gros, la sœur de J.J.S.S, et de Nick Maloumian, Guy Sorman, Jean-Claude Colli, qui deviendra Gouverneur du Crédit Foncier de France, Claude Alphandéry, actuel président du Conseil national de l’insertion par l’activité économique, Jacques Bonacossa, aujourd’hui conseiller-maître à la Cour des comptes, et bien d’autres pour animer des commissions, produire des idées neuves, rédiger des textes. J’ai un très bon souvenir de ces réunions, de ces débats qui nourrissaient une espérance. Mais Jean-Jacques Servan-Schreiber était imprévisible et difficile à suivre. Après avoir brillamment emporté un siège de député à Nancy et juré que « député de Lorraine », il allait habiter à Nancy, que ses enfants iraient à l’école dans cette ville, il est incapable de résister à la tentation, quelques mois plus tard, de se présenter à Bordeaux contre Jacques Chaban-Delmas. Maurice Faure, qui connaît mieux que personne sa géographie politique, lui déconseille vivement d’aller à Bordeaux. « Maurice, je vous parie que je vais être élu » Le député-maire de Cahors raconte, dans ses mémoires, qu’il lui a répondu : « Je ne le crois pas mais je vous le souhaite. Si vous étiez élu, dans un tel contexte, cela changerait la politique nationale, car cela voudrait dire que vous pourriez vraiment être élu n’importe où. "
Le 20 septembre 1970, Jean-Jacques Servan Schreiber fut battu. Dans son entourage, nous ne fûmes pas surpris. Il n’y avait vraiment que lui pour y croire. Mais tel était son caractère et son destin. Au mois d’octobre de la même année, eut lieu le fameux congrès du parti radical. L’ambiance était tendue, la salle partagée entre les partisans de la modernité, les Réformateurs, et les élus qui soutenaient le président Maurice Faure. Tous les moyens, c’est-à-dire les moins avouables, furent employés pour empêcher Maurice Faure de s’exprimer, y compris couper le micro. Le samedi matin cependant, Maurice Faure prononça un de ses meilleurs discours. C’était trop tard. Il fut battu et se retira « sous sa tente », à Cahors.
Le cœur n’y était plus dans un parti divisé. Jean-Jacques Servan-Schreiber ne fut pas en mesure de réaliser ses ambitions. Quand, en 1974, il décida d’apporter ses idées à son ami Valéry Giscard d’Estaing et de le soutenir, les « jeunes loups » perdirent leurs illusions et partirent chacun de leur coté. Entre temps, le 13 juin 1971, les socialistes avaient refondé leur parti à Epinay.

samedi 11 novembre 2006

Frédéric Berthet – Le Journal de Trêve (Gallimard)

« Ce siècle commence à nous taper sur les nerfs. »

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lundi 06 novembre 2006

Davydenko, l’homme qui venait du froid.

Invité par la Fédération Française de tennis, j’ai assisté hier après-midi à la finale de la vingt et unième édition du BNP Paribas Masters. Ce tournoi ATP Masters series a vingt ans. Les plus grands joueurs l’ont gagné, plusieurs fois pour certains : Boris Becker, Pete Sampras, Marat Safin, André Agassi. Guy Forget et Sébastien Grosjean ont été les seuls Français à pouvoir l’emporter en 1991 et en 2001. Malheureusement, à quelques jours de la finale des Masters, qui se jouera cette année à Shanghai, les meilleurs joueurs du monde, déjà qualifiés et épuisés par une année exténuante, n’étaient pas là. La finale, déséquilibrée, entre le Russe Nikolay Davydenko, cinquième joueur mondial et le Slovaque Dominik Hrbaty, n’a pas été passionnante et vite expédiée.
Assis très près du court, au premier rang, derrière la chaise du Russe, j’ai surtout été intéressé par la personnalité et le comportement de ce joueur qui n’avait encore jamais gagné un tournoi en Masters series. Son physique d’ascète, qui n’exprime aucune émotion, fait de lui un joueur à part qui a l’air de sortir d’un livre de John Le Carré. Il a une musculature, très fine, de coureur cycliste. Quand il sert, régulièrement à plus de 200 km/h, on se demande d’où peut sortir une telle puissance. De sa technique évidemment, qui atteint souvent la perfection. Infatigable, il jouait son 31ème tournoi de l’année, sans compter les matches de coupe Davis avec la Russie, toujours qualifiée. Après avoir gagné, sans véritable opposition, les deux premiers sets, 6 –1 et 6 –2, j’ai surpris, au début du troisième set, une légère contrariété sur son visage après un manque de concentration qui venait de lui faire perdre un point. Très exigeant avec lui-même, il s’en voulait visiblement. La victoire, sans doute tant espérée, a libéré ce joueur qui est brusquement devenu souriant, volubile, intarissable au micro lors de la remise du trophée.
Pour aimer le sport, il faut comprendre les sportifs.