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lundi 28 août 2006

Premiers enseignements à tirer de la guerre au Liban

Les Etats-Unis semblent de plus embarrassés par leur hyperpuissance. La presse spécialisée fait état du désordre qui règne, et qui semble s’amplifier, entre les organes de décision et les services de renseignement. Depuis le 11 septembre, l’Administration de GW Bush manipule les analyses et oriente à sa convenance les conclusions des experts. Un rapport récent de la Chambre des Représentants, rédigé par un Républicain partisan d’une attaque contre l’Iran, accuse sans ménagement les services de renseignement. Bel exemple de cette figure de style et de rhétorique que l’on nomme palimpseste, le rapport, tout en expliquant qu’il ne faut pas faire la guerre au nom d’une fausse menace, voudrait surtout que la CIA lui fournisse une évaluation qui justifie de faire la guerre. Cet état de fait, qui provoque une crise de confiance de haute intensité, est sans précédent.
Dans le même temps, l’Iran, avec l’aide indirecte de la mauvaise stratégie américaine et israélienne, devient une puissance régionale incontournable. Une attaque aérienne des sites sensibles en Iran, si elle est véritablement envisagée et programmée, serait encore plus risquée que celle de l’Irak et conduirait à un échec catastrophique pour le Moyen-Orient, pour Israël et pour les Etats-Unis. L’intervention au Liban était en grande partie destinée à pousser l’Iran et la Syrie à entrer en guerre et provoquer un casus belli avec ces deux pays qui s’en sont bien gardés, laissant le temps à Israël et indirectement aux Etats-Unis de s’épuiser sans atteindre leur objectif. Ces deux pays en sortent donc renforcés. Les chefs d’Etat, et en premier lieu le Président Chirac aujourd’hui même devant les Ambassadeurs, en tirent les conséquences. L’art de présenter les défaites comme des victoires, ne pourra pas durer cent sept ans. Ahmadinejad et Khamenei soufflent le chaud et le froid avec un talent indéniable. Tantôt rassurants, « il est impensable qu’un Etat islamique possède l’arme nucléaire et s’en serve ; l’Iran n’est pas une menace pour les pays étrangers, ni même pour le régime sioniste », tantôt menaçants, « il faut rayer Israël de la carte », ces deux dirigeants savent parfaitement faire vibrer la corde nationaliste de leur population et celle d’une grande partie du monde arabe dont ils ne font pourtant pas partie. La réponse au Conseil de Sécurité est un modèle du genre.
Pendant qu’Américains et Européens hésitent, ne savent que faire, la Russie annonce le 25 août qu’une nouvelle doctrine militaire est en cours d’élaboration « dans le plus grand secret ». Une doctrine qui serait diamétralement opposée à celle des Etats-Unis qui bombardent à tout va, détruit les ponts, les routes, fait plus de victimes civiles que de victimes militaires. Contre des ennemis invisibles, qui se dissimulent, empruntent des sentiers de montagne, se reposent dans des grottes, il faut des réponses adaptées auxquelles les Russes semblent réfléchir plus rapidement que les Américains.
Cette leçon vaut pour tous et notamment pour les dirigeants politiques français qui préparent une élection présidentielle bien loin, encore une fois, de ce genre de préoccupation.

jeudi 24 août 2006

Pierre Schwed – Une vie au service de la défense

Je viens de perdre un ami très cher. Pierre Schwed, un de mes prédécesseurs à la présidence de l’Union des associations d’auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale, est mort le 10 août, dans sa propriété de Marnes la Coquette. Depuis ce qu’il appelait « cette curieuse journée » du samedi 11 juillet 1998, qui lui avait réservé « deux surprises de taille », il savait que sa vie allait changer. Il avait reçu ce jour là une lettre personnelle du Président de la République lui apprenant sa promotion dans l’ordre de la Légion d’honneur et l’annonce d’une « méchante maladie » contre laquelle il n’a cessé de se battre avec l’aide d’Edel, son admirable épouse, dont il louait « la patience, l’efficacité, l’attention » dans les lettres qu’il adressait à ses amis. Le 31 juillet 1998, à l’Hôpital Saint-Antoine, Pierre Messmer, son ami, ancien Premier Ministre, lui avait remis les insignes de Grand-Officier de la Légion d’Honneur.
Pierre Schwed, le résistant.
Peu d’hommes ont voulu plus que lui, de sa jeunesse à sa mort, s’identifier à la défense de son pays. Né à Colmar, le 2 janvier 1923, le jeune Eclaireur de France ne tarda pas à s’engager comme agent de liaison de « la défense passive », en 1939, à l’âge de 16 ans. En 1941, il s’engage dans la résistance, dans les Forces Françaises combattantes, puis participe, à la fin de l’année suivante, à la création de l’Armée secrète dont il fut le chef de la 6ème compagnie du 3ème régiment. Il est arrêté en 1943 pour des actions qui lui vaudront la Croix de guerre avec citation à l’ordre du Corps d’armée. En 1944, il est libéré par la résistance et reprend du service dans les F.F.I. Médaillé de la Résistance, il retourne dans la vie civile, après la Libération, participe à la création d’un établissement financier, FINACOR, dont il deviendra le Président-directeur général jusqu’en 1984 et fait, à ce titre, partie de divers conseils d’administration.
Pierre Schwed, au service de la défense.
De 1948 à 1990, Pierre Schwed a mené en parallèle une carrière d’officier de réserve, qui le conduit, en 1972, au grade de colonel, et une intense activité au service de l’esprit de défense dans le cadre de l’Institut des hautes études de défense nationale. Auditeur de la 18ème session, dont il sera élu premier délégué, il participe dès l’année suivante, en 1966 à l’activité de l’association en qualité de trésorier adjoint. Déjà Chevalier de la Légion d’honneur, au titre de la Résistance, il est promu officier en 1967. En 1973, il est tout naturellement élu président de notre association. Après trois mandats successifs, qui ont marqué l’histoire de l’association, le directeur de l’Institut, le général d’armée Jean Paul Etcheverry lui rend hommage, en ces termes, dans le numéro 8 de la revue Défense de janvier 1977 : « Dans un style personnel fait d’un dynamisme, d’un enthousiasme et d’une efficacité qui n’excluent nullement le sens des nuances et la chaleur humaine, il a apporté à l’Association un lustre jamais égalé, lui donnant une audience exceptionnelle auprès des plus hautes autorités du pays comme auprès de l’opinion en général. La création de la revue Défense qui, née en 1974, compte déjà parmi les publications spécialisées du meilleur niveau, est une des réalisations marquantes à mettre à son crédit. Mais l’œuvre maîtresse de Pierre Schwed aura été sa contribution efficace à la mise sur pied de l’Union des associations de l’Institut des hautes études de défense nationale. …..Je suis très conscient de ce que l’IHEDN ne peut avoir sur les associations que la seule tutelle morale que celles-ci veulent bien lui reconnaître et que cette indépendance doit être maintenue en dehors de toute hiérarchie officielle. Avec le président Schwed, l’exercice de cette « tutelle » aura été pour moi une source permanente de satisfaction et d’enrichissement. Je me dois notamment de souligner la constance et la loyauté du concours qu’il n’a cessé d’apporter à l’Institut lorsque les circonstances ont fait que la « maison » devait être expliquée et parfois défendue, en particulier dans la presse : sous le signe de l’Association, puis de l’Union, il n’a jamais manqué d’intervenir avec courage et efficacité. » En 1975, il est promu au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur.
Pierre Schwed, l’européen.
De 1984 à 1993, Pierre Schwed a activement milité pour la création d’un Institut européen des hautes études de défense et constitué, au sein d’un comité d’études pour un esprit de défense européen, un réseau à haut niveau, pour promouvoir l’identité européenne de défense et de sécurité. Il veut convaincre les dirigeants politiques que les questions de défense et de sécurité doivent être traitées au niveau européen. Il veut susciter la prise de conscience des valeurs partagées et des intérêts communs. Il y a mis, comme toujours, toute sa force de conviction et n’a pas ménagé sa peine. Il s’est souvent dit, comme son ami Edgar Faure, que « C’est un grand tort d’avoir raison trop tôt », mais ce meneur d’hommes savait mobiliser les énergies. Il était impossible de lui refuser quoique ce soit. Cinq cents pages, c’est que comporte le livre de souvenirs et de mémoires qu’il a publié à compte d’auteur et offert à ses amis en 2000, ne suffiraient pas à retracer la mission qu’il s’est assignée et le but qu’il a proposé à l’association EURODéfense - France qu’il a fondée, avec quelques amis, le 9 février 1994. Aujourd’hui, il existe des associations EURODéfense en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande – Bretagne, au Portugal, en Autriche, au Luxembourg, en Grèce et en Hongrie qui militent pour « une Europe sûre dans un monde meilleur ».
Pierre Schwed, l’ami fidèle
Homme d’action et de réflexion, Pierre Schwed était aussi un homme de cœur, attentionné, attentif aux autres, toujours disponible pour jouer ce qu’il appelait son rôle de « vieux sage ». Tous ceux, nombreux, qui lui ont rendu visite à la Villa Saint Pierre, se souviendront avec émotion de cet homme grand, droit, élégant, souriant, qui ouvrait les bras pour accueillir ses visiteurs avec encore plus de chaleur. Pierre était un homme bon, à l’autorité souriante et au courage indéfectible.

mardi 22 août 2006

Les pâtés de sable

Depuis l’été 1939, tout à changé : le Monde, la France, le mode de vie, les moyens de transport, la nourriture, les photos ne sont plus en noir et blanc, etc…Tout, sauf les pâtés que les petits enfants continuent de faire l’été sur toutes les plages. Symboles de liberté, de possession, du pouvoir de détruire sans craindre d’être grondés, les pâtés continuent leur existence sans s’occuper du monde qui change. C’est ce qu’on appelle « une tendance lourde ». Au cours de l’été 1939, à Dinard, c’était encore l’insouciance. Un an après, les plages étaient minées, jonchées d’obstacles destinés à empêcher le débarquement et environnées de blockhaus plus terrifiants les uns que les autres. En septembre 1944, quand j’ai eu le droit de jouer de nouveau sur la plage de l’Abbaye de Saint Jacut de la Mer, j’avais huit ans et je me souviens que sur les plages, il y avait encore les trous qui correspondaient à l’emplacement des mines qui, désamorcées, avaient été laissées de coté pour montrer que la plage était de nouveau fréquentable. Je n’ai pas pu résister au plaisir de photographier mon petit-fils Guillaume, cet été, sur la plage de Pontaillac à Royan.

samedi 19 août 2006

« Tenez bon, nous arrivons »

Le 24 août 1944, le général Leclerc voulait faire savoir à Chaban-Delmas qu’il ne fallait pas signer de trêve avec les Allemands. Les résistants auraient mis trois jours pour acheminer le message et les avions alliés n’étaient pas disponibles pour cette mission. Il ne restait que les « piper-cubs », mais ils n’étaient pas autorisés à survoler l’ennemi. Le Capitaine Jean Callet, qui commandait l’escadrille de la 2ème DB, décide d’y aller lui-même avec le lieutenant Mantoux qui s’est porté volontaire comme observateur. Jean Callet a raconté, dans les années 90, pour la revue »Défense », les conditions dans lesquelles il avait parachuté le message de Leclerc: « Tenez bon, nous arrivons ». « Par chance, l’aller s’est déroulé sans anicroche, au-dessus d’un beau paysage, sous un soleil jouant avec les nuages. Message lancé dans la cour de la préfecture de police, le retour a été bien plus animé sous le feu des mitrailleuses ennemies. L’appareil, criblé d’éclats, le train d’atterrissage arraché, il nous a fallu chance et savoir-faire pour regagner le PC de Leclerc. Le lendemain, Paris était libéré. »
Auditeur de la 20ème session de l’Institut des hautes études de défense nationale, il en devint le directeur de 1972 à 1974, en qualité de général de corps d’armée. A la fin d’une session de cet institut, il avait dit aux auditeurs : « Si chaque jour, vous savez trouver le temps de vous recueillir, de réfléchir, de méditer, si chaque jour vous savez dégager quelques minutes pour faire votre examen de conscience, en fermant vos oreilles aux bruits de la terre et vos yeux au mouvement qui l’agitent, alors, vous ferez de grands progrès, en distinguant dans le silence de votre âme, « l’essentiel de l’accessoire ».
Cet « homme de Leclerc » avait appris à donner l’exemple. « Ne pas se contenter d’ordonner « en avant », mais « en avant, suivez-moi » et partir en tête.